Je suis le chemin, la vérité et la vie »
- Roland Kauffmann
- 27 mai
- 7 min de lecture
Dimanche de Pentecôte et de confirmations, 24 mai 2026

Quel courage ! Oui quel courage aujourd’hui que de vous présenter devant cette assemblée réunie spécialement pour vous et vous entendre prononcer vos engagements au moment de votre confirmation ou de votre baptême. Vos familles, proche ou parfois lointaine, vos amis ou encore les membres de l’Église, conseillers presbytéraux ou paroissiens réguliers, tous sont là pour vous. Vous êtes au centre de la journée et de l’attention de tous. Alors oui, il en faut du courage pour oser prendre la place qui est la votre aujourd’hui et on ne peut que vous en féliciter.
Vous remercier également de ce que nous avons vécu ensemble. En effet, si j’ai essayé de vous apprendre certaines choses, de l’ordre de la foi et de la pratique spirituelle ; si j’ai essayé de vous enseigner l’histoire de la révélation biblique, l’organisation de la Bible, si nous avons essayé d’apprendre à prier et à prendre le temps de la méditation sur soi à la lumière de la Parole de Dieu ; si donc j’ai tenté de vous transmettre quelque chose, il me faut reconnaître que vous aussi m’avez appris beaucoup de choses et je tiens à vous en remercier.
D’abord vous m’avez appris la patience parce qu’il en faut pour pouvoir vous écouter par-delà les apparences et les distractions incessantes du monde dans lequel vous évoluez. Ensuite vous m’avez appris la compréhension, une forme de bienveillance pour ce que vous vivez et les difficultés que vous pouvez avoir à vous situer par rapport aux grandes questions spirituelles. Enfin, vous m’avez appris la modestie : la découverte que l’on transmet jamais ce que l’on voudrait mais que c’est toujours autre chose qui est reçu par les uns ou les autres. Patience, compréhension, modestie, voilà ce que vous avez contribué à m’apprendre et je vous en remercie.
Quant à vous, qu’avez-vous appris ? Contrairement à ce que vous apprenez à l’école, vous ne saurez pas dire que vous avez appris quelque chose de précis. À l’école, vous apprenez des théorèmes, des règles, de grammaire ou de physiques, des lois mathématiques ou des sciences naturelles, en gros il s’agit de choses utiles et nécessaires, que l’on sait ou que l’on ne sait pas, dont on se servira un jour ou pas. Je ne suis pas sûr que vous ayez tous un jour besoin d’utiliser le théorème d’Euclide ou celui de Pythagore mais vous les avez appris et les oublierez sans doute.
Quant à ce que vous aurez appris au catéchisme, nul ne le sait et vous ne le savez pas. Ou plutôt, vous ne le savez pas encore ou n’en avez pour le moment qu’une idée assez vague. Tout simplement parce que vous êtes à l’orée de votre vie, de votre vie d’adulte, de femmes et d’hommes libres et responsables de leurs actes. Vous êtes au départ d’une aventure extraordinaire, celle de la vie avec ses joies et ses douleurs, ses peines et ses bonheurs. Et là aussi il faut souligner votre courage.
Oui il en faut du courage pour entreprendre aujourd’hui cette aventure, ce chemin, en affirmant publiquement que vous voulez faire partie de l’équipe chrétienne. Aujourd’hui, on dit la « team ». On est « team ceci » ou « team cela » (enfin, j’espère que c’est encore comme ça qu’on dit). Aujourd’hui, dans ce temple, en demandant la confirmation ou en demandant le baptême, vous endossez le maillot de la « team Jésus », c’est-à-dire que vous endossez, que vous prenez pour vous, l’héritage d’une histoire, celle non seulement de notre paroisse et du protestantisme en particulier mais aussi que vous prenez pour vous une parole, que vous vous mettez à l’écoute de la Parole de Jésus, que vous vous engagez à y être fidèles.
Quel courage que de prendre cette route que peu de vos camarades empruntent. C’est votre choix, c’est votre décision et vous découvrirez dans les années qui viennent à quelle point elle aura été décisive dans votre parcours. Ce verset que vous avez eu à choisir et que vous retrouverez dans votre souvenir de confirmation ou de baptême sera une balise, un rappel constant de ce que vous êtes et de ce que vous êtes appelés à devenir. Ce sera un rappel constant de ce que vous êtes : des femmes et des hommes aimés de Dieu, d’un amour inconditionnel et gratuit pour lequel vous n’avez rien fait pour le mériter mais que nul, jamais, ne pourra vous enlever. Et cette conscience d’être aimés doit vous donner une confiance inébranlable en vous-mêmes et en l’avenir de l’humanité. Confiance, un mot qui traduit ce qu’est la foi.
Ce sera aussi un rappel constant de ce que vous êtes appelés à devenir : des femmes et des hommes qui suivent un chemin, se donnent un but, une orientation dans l’existence, qui savent comment, pourquoi et pour qui ils veulent vivre. Qui savent qu’ils veulent vivre selon la loi de l’amour pour tout ce qui vit, selon la loi du pardon et de la réconciliation, qui veulent faire du monde un lieu de paix et d’harmonie, qui veulent construire plutôt que détruire, développer plutôt qu’exploiter. Donner à votre vie la saveur de l’Évangile plutôt que celle qu’on vous propose, c’est le chemin de la fidélité. Fidélité, encore un mot qui traduit ce qu’est la foi.
Confiance et fidélité, confiance pour ce que l’on est, pour ce qui est déjà donné, l’amour de Dieu ; fidélité pour ce que l’on veut, pour ce qui est à venir. Vous aurez appris, et certains d’entre vous le disent dans leurs mots d’engagements, que la foi n’est pas un catalogue de croyances ou de pratiques, de choses qu’il faut accepter sans critique ni contestation mais qu’elle est affaire de sincérité, de vérité et de liberté.
Vous aurez appris que la foi n’est pas quelque chose que l’on a, une fois pour toute, mais une manière d’être au monde, que l’on reçoit et que l’on apprend chaque jour. Il ne vous est pas demandé d’avoir la foi mais vous avez appris que vous pouvez être confiants et être fidèles parce que la foi n’est pas quelque chose que l’on achète, que l’on possède pour en faire ce qu’on veut mais la foi est une attitude, un mode de vie, une pratique fondée sur la confiance en Dieu et sur la fidélité à sa Parole.
Jésus, au moment où il va quitter ses disciples, ne leur fait pas un catalogue de choses à faire ni de choses à croire. Il ne leur donne ni morale ni recettes de réussite ou de bonheur. Il leur parle simplement, dans ce texte de l’évangile de Jean, de son commandement et de sa présence vivante à leurs côtés. Peu importe ce qui lui arrivera, il leur dit et leur répète qu’il sera là, que sa parole les soutiendra et les encouragera, c’est la confiance et il leur parle de son commandement, celui qu’ils ont reçu quand ils ont été appelés et il leur demande d’être fidèles à ce commandement.
Alors bien sûr, le commandement se dit de multiples manières : « aimer Dieu et son prochain comme soi-même », « pardonner sans conditions et sans mesure » mais tous sont contenus dans cet unique appel qu’il leur a lancé, au début de leur aventure : « Toi ! Suis-moi ». C’est pourquoi, au soir de sa vie, il leur rappelle qu’il est « le chemin, la vérité et la vie ».
Vous vous souvenez, je l’espère, du film que nous avons vu lors de la retraite : Compostelle. À sa manière, il raconte cette même histoire de confiance et de fidélité. Adam et Fred, son accompagnatrice, doivent apprendre à se faire mutuellement confiance. Adam, ce jeune homme violent et en souffrance doit être fidèle à son engagement d’arriver au bout du chemin, sinon c’est pour lui la prison. Au fur et à mesure de la route, Adam et Fred vont se découvrir et vous vous souvenez de toutes leurs difficultés à s’accepter, à s’assumer. Et pourtant, au moment où il faudra sauver Fred, (l’agression dans la ruelle sombre), Adam n’hésitera pas une seconde et mettra en jeu sa propre existence pour cela.
Ce film est une fable qui nous raconte qu’aux détours de la vie, il faut être capable d’efforts pour dépasser les fatigues et les peines, les incompréhensions et les malentendus, les apparences et les règles mais qu’il y faut toujours avant tout de la confiance et de la fidélité. Dans le film, chacun, Fred comme Adam, se découvre différent de ce qu’il pensait être. L’un et l’autre se transforment réciproquement jusqu’à découvrir leur vérité et leur liberté, se réapproprier leur vie pour qu’elle soit comme ils en décident et non pas comme les autres en décideraient pour eux.
« Je suis le chemin », Jésus se donne à nous, à chacune et chacun d’entre nous comme cette orientation, comme cet horizon vers lequel nous pouvons tendre, à l’exclusion de tout autre. On ne peut aller partout ni n’importe où. Le choix nous est donné de vivre à notre convenance, selon les modes ou les règles de l’époque ou bien de choisir de vivre à l’exemple du Christ.
« Je suis la vérité », devant tous les artisans du mensonge et de la domination, contre toutes les superstitions et les idoles du monde moderne, devant toutes les fascinations qui veulent exploiter votre attention et votre énergie, il se donne à nous comme le socle inaltérable qui nous constitue en tant qu’individus libres.
« Je suis la vie », Jésus fait plus que promettre, il s’affirme comme un chemin de vie plus désirable et joyeux, même si bien des fois plus difficile que les grands chemins suivis par tous, tout simplement parce qu’il y a plus de bonheur à servir qu’à être servis, plus de force à aimer qu’à rejeter, plus de courage à être libre qu’à être servile.
Cette confiance qui vous est donnée, cette fidélité qui vous est demandée, voilà ce qu’est la foi. Celle dont vous témoignez aujourd’hui par votre volonté de reconnaissance pour tout ce qui vous a été donné, par vos familles et par l’Église mais surtout par Jésus le Christ qui s’est donné pour vous. Celle dont vous témoignez aujourd’hui par votre volonté d’engagement que vous prenez aujourd’hui de suivre Jésus le Christ sur le chemin qu’il trace devant vous. Un chemin sur lequel vous ne serez jamais seuls mais toujours accompagnés, non seulement par la grande communauté des fidèles partout dans le monde mais aussi par cette Parole qui vous accompagnera chaque jour, que vous répéterez dans le secret de votre cœur et au milieu des fidèles, celle de votre verset mais aussi celle de Jésus lui-même : « Toi ! Suis-moi, Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
Roland Kauffmann
















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