Que demander dans la prière sinon le Saint Esprit ?
- Roland Kauffmann
- 13 juil.
- 7 min de lecture
Soultz 11 juillet 2026
Que demander dans la prière sinon le Saint Esprit ?
Après nous être demandé pourquoi il nous faut prier : parce que c'est une obéissance qui est attendue de nous (cf. L'impossible prière, Soultz, mai 2026) et ensuite comment il nous faut prier : avec constance et détermination (L'effort de la prière, Soultz, juin 2026), voici le temps de nous interroger sur ce qu'il nous faut demander dans notre prière.
C'est la question posée à Jésus par ses disciples qui lui disent « enseigne-nous à prier ». N'est-ce pas là une question étrange au demeurant ? Les disciples sont des juifs pieux, instruits dans les prières des synagogues de leurs villages et nourris par la lecture des psaumes de David ou des chants. D'autre part, la prière est quelque chose de commun à l'homme. Tous les hommes prient, ou plutôt, et c'est une caractéristique de notre espèce, tous les hommes invoquent une puissance qui leur est supérieure.
Depuis que l'homme est homme, depuis les origines, l'homme regarde vers le ciel et se demande ce qu'il contient et depuis toujours, il ne cesse de chercher à se concilier les dieux qu'il imagine être dans les cieux ou, à l'inverse dans les profondeurs de la terre ou dans les gouffres des abysses voire dans les épaisses forêts. Les hommes vont depuis toujours dans les temples pour sacrifier à leurs dieux et leur demander de bonnes récoltes ou d'éloigner les calamités naturelles. Les puissances divines sont en réalités le plus souvent des puissances naturelles.
C'est pourquoi les anciens trouvaient leurs dieux parmi les arbres ou parmi les étoiles, entre les colères des tempêtes et les foudres des orages. Les religions humaines sont des efforts pour dominer et conquérir la nature. La nature entendue comme une puissance extérieure à l'homme, a priori hostile et dangereuse. C'est d'ailleurs un écho de cette crainte de la nature, comme étant animée d'une volonté que l'on peut entendre parfois dans les commentaires sur l'actuelle canicule. « La nature a entamé un bras de fer contre nous » ais-je ainsi entendu à propos des feux de forêt pour ne prendre qu'un seul exemple, comme si la nature avait un projet, une capacité d'action consciente et cohérente.
Étrange relent de religiosité antique dans les civilisations contemporaines alors que la nature n'agit pas. La nature n'est pas une intelligence poursuivant un projet qui serait pour ou contre l'humanité. La nature est l'ensemble des réalités qui interagissent les unes avec les autres et le dérèglement climatique que nous connaissons n'est pas une volonté ni de la nature ni des dieux qui la peupleraient mais bel et bien uniquement la conséquence de nos activités humaines. Ce qui souligne bien plus notre responsabilité que si c'était une volonté des dieux.
Mais notre disciple qui interroge Jésus ne devait certainement pas croire que la nature était peuplée de dieux du ciel, de la terre, des mers ou du feu. Il est juif et s'il a appris à prier c'est forcément à la manière des juifs pour qui la nature est vide de dieux justement parce que Dieu, le Dieu d'Israël est extérieur à la nature qui est, d'abord et avant tout, sa création.
Dieu au-delà des cieux
C'est ce qu'exprime si justement Salomon, le grand roi, fils de David, bâtisseur du temple de Jérusalem au moment d'inaugurer ce qui sera la maison de son Dieu : « Mais quoi ! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir : combien moins cette maison que je t'ai bâtie ! » (1 Rois 8, 27). Toute la foi d'Israël est contenue dans cette prière de dédicace. Le Dieu créateur du ciel et de la terre, qui est au-delà de tout ce qui est imaginable et ne peut être contenu par rien de ce qui existe, cet au-delà du temps et de l'espace, est néanmoins préoccupé par ce petit point dans le temps et dans l'espace, ce petit lieu, ce temple bâti par la main de l'homme. Toute la sagesse de Salomon qui le distingue des autres rois et des autres peuples, c'est de comprendre que Dieu ne peut être dans un lieu, dans une forme, ou dans une pensée. Il ne peut être ni dans la nature ni dans les formes religieuses que nous voulons lui donner. Le Dieu de la Bible n'est pas dans la nature ni dans l'histoire, il dépasse tout ce que nous pouvons imaginer de lui.
Pourtant, et c'est la beauté de la prière de Salomon, ce Dieu n'est pas indifférent, il n'est pas absent, sourd ou muet. Au contraire, il écoutera la prière et la supplication: « C'est toi qui écouteras, en ce lieu où tu sièges, dans les cieux ; tu écouteras et tu pardonneras » (1 Rois 8, 30). Alors même que Salomon est conscient que cette maison qu'il a bâtie ne saurait contenir Dieu, ce Dieu, le Dieu biblique est attentif. Face aux forces aveugles de la nature ou de l'histoire, il est présent et il agit. Et que fera-t-il ce Dieu ? qui veille sur son peuple ? Donnera-t-il moissons et abondance de biens ? Chassera-t-il les ennemis ou les démons de la terre et du ciel ? « Tu écouteras et tu pardonneras ».
Le pardon, voilà la seule chose qui est demandée par Salomon au moment d'inaugurer le temple de Jérusalem. Autrement dit, quelque chose de bien plus important et bien plus précieux que toutes les récoltes et tous les trésors qui sont dans les palais des rois et les greniers des hommes. Autrement dit la restauration de la dignité de l'humain, la possibilité pour lui d'être réconcilié et en harmonie avec les autres, de reconstruire une société fraternelle et solidaire, où nul ne manque de rien quand ceux qui ont n'ont rien de trop, où l'humanité est au service de la vie et fait partie de la nature qu'elle est appelée à organiser et à faire grandir.
Le pardon au cœur de la prière
Cette prière, c'est celle du disciple qui vient demander à Jésus de lui apprendre à prier. C'est cette idée essentielle au judaïsme de cette attention de Dieu au sort de l'humanité, à rebours de toutes les forces aveugles qui la dominent, c'est cette idée-là qui est au cœur de la question du disciple et devrait être au cœur de nos préoccupations aujourd'hui encore.
Et Jésus répond. Dans les mêmes termes que Salomon. Comme Salomon, c'est là où est invoqué le nom de Dieu, là où il est « sanctifié », c'est là qu'il se montre attentif et qu'il instaure son règne. Comme Salomon qui sait que rien ne peut contenir la présence de Dieu, Jésus sait que ce Dieu, qu'il ne qualifie pas de Dieu plus haut que les cieux mais qu'il appelle simplement « Père » est au plus près des besoins et des attentes de ses enfants.
Ce que Salomon voulait dire avec ce qu'il pouvait comprendre du Dieu de la Bible est rendu plus explicite par Jésus. Cette immensité de Dieu jointe à sa bonté envers nous, ces deux réalités contradictoires : comment le Dieu qui dépasse les cieux des cieux, pourrait-il se préoccuper de nous ? Jésus la résume dans cette image de la paternité.
Quand Jésus parle de « Père », il n'entend pas les pères modernes de notre époque qui veillent sur leurs enfants comme sur la prunelle de leurs yeux et veulent être des exemples de bonté, de travail et de courage. Il pense aux pères de son temps. Et justement, même eux, même ces pères qui sont « mauvais » savent donner de bonnes choses à leurs enfants, et donc, si nous qui sommes « mauvais » savons néanmoins ce qui est bien, bon, juste et vrai, à combien plus forte raison, le Père saura-t-il nous donner ce que nous lui demandons et dont nous avons besoin. Jésus fait un parallèle inversé. Il part du principe de la bonté de Dieu opposée à la condition humaine qui est fondamentalement mauvaise: si même les hommes « mauvais » savent donner ce qui est bon, combien plus le Dieu « bon » saura-il donner du bon à ses enfants. C'est un effet multiplicateur dans le discours de Jésus.
Mais justement que nous donnera-t-il ce Dieu si bon ? Que devons-nous lui demander puisque la question demeure ? Comme Salomon qui demandait le pardon, Jésus place le pardon au cœur de sa prière. Après avoir invoqué le nom et le règne du Père, c'est le pain quotidien, le pardon et la résistance dans l'épreuve qui constituent la prière que Jésus enseigne à son disciple. Cette prière que nous connaissons bien est plus courte ici dans l'évangile de Luc que dans la version que nous en donne Matthieu mais je ne les comparerai pas.
Avez-vous remarqué la finale de son image ? Après avoir parlé de pain, de scorpions, d'amis importuns et de pierres, de portes fermées et de familles déjà couchées, il termine par ce qui compte réellement et que nous devrions demander dans toutes nos prières. Et il va beaucoup plus loin que Salomon, bien plus loin que toutes les prières des hommes et des femmes, de son temps comme du notre: la chose la plus importante qu'il nous faut demander et qui sous-tends nos autres demandes de paix, d'amour et de solidarité, c'est l'Esprit Saint.
Ce qui donne son sens à notre vie
Sans l'Esprit Saint, nous ne serions jamais que des calculateurs des intérêts de la foi et des gestionnaires des bontés de Dieu. Sans l'Esprit Saint, il ne peut y avoir de véritable compassion et d'attention aux misères des hommes et des femmes de notre époque. Sans l'Esprit Saint, notre foi et nos œuvres sont vaines.
Les huit vertus ou qualités que nous avions évoqué le mois dernier, à savoir la foi, le courage, l'intelligence, la maîtrise de soi, la persévérance,, la volonté d'obéissance, la fraternité et l'amour, même de nos ennemis (L'effort de la prière, Soultz, juin 2026) ne sont que de vains efforts humains s'ils ne sont pas transformés par l'Esprit Saint, par l'Esprit de Jésus qui nous les fait comprendre comme étant autant de dons qui nous sont offerts par notre Père.
Toute la prière de Jésus, celle qu'il enseigne à son disciple, dans la lignée de cet autre fils de David qu'était Salomon et dont il est lui-même le descendant revient à cette demande de l'Esprit Saint. C'est lui qui éclaire pour nous les Écritures et les fait devenir Parole de Dieu pour nous, c'est lui qui transfigure notre vie et lui donne sens et signification.
L'Esprit Saint, esprit de Jésus, esprit du Père éternel, c'est lui qui unit son Église et la fait être servante de ce monde qu'il aime d'un amour éternel. Demandons chaque jour que cet Esprit guide notre vie, nourrisse notre foi et notre amour.
Roland Kauffmann





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