Gabriel Vahanian : Une confession de foi contemporaine

Chaque 24 de chaque mois, nous publions un texte concernant le théologien Gabriel Vahanian dont nous fêterons le centenaire de la naissance en 2027 (24 janvier 1927). Aujourd'hui, 24 septembre 2026, sa Confession de foi.
Il arrive que Gabriel Vahanian soit considéré comme un "théologien athée".
L'une des raisons en est son assimilation au mouvement des "théologiens de la mort de Dieu" tels que Harvey Cox, Thomas J.J. Altizer, ou John A.T. Robinson.
C'est notamment dû à un ouvrage dévastateur d'un autre théologien américain, John Warwick Montgomery qui publie en français en 1971 aux éditions Oberlin de Strasbourg, La mort de Dieu. Exposé et critique du plus récent mouvement théologique en Amérique où Vahanian est désigné comme le "croque-mort" de Dieu, celui qui aurait signé l'acte de décès et ordonné l'enterrement dans son premier ouvrage important "The death of God" publié en 1961 (en français: La mort de Dieu: la culture de notre ère post-chrétienne, Buchet/Chastel, Paris 1962.)
L'outrance de Montgomery vient sans doute du fait qu'il ne devait pas avoir lu l'ouvrage de Vahanian, rebuté qu'il devait être par le titre. S'il l'avait lu, il aurait compris que Gabriel Vahanian, loin de s'inscrire dans la lignée du "Dieu est mort" de Nietzsche fait le constat que la société occidentale d'après-guerre et à l'ère de l’atome ne se reconnaît plus dans les formes religieuses héritées de l'antiquité, du Moyen Âge ou de la Renaissance voire même de la Réforme.
Ce faisant, Vahanian s'inscrit dans son époque et pose la question fondamentale de "comment dire l'Évangile dans une société" qui n'en comprend plus les termes et les pratiques ou qui veut délibérément s'en détacher sous l'influence du post-modernisme, mouvement philosophique venu de France et plus connu sous le nom de "French Theory". Ce contexte qui nous est devenu étranger aujourd'hui est essentiel pour comprendre le positionnement de Vahanian.
Lequel tenait à préciser les choses, à sa manière. Puisqu'on le disait athée ou "sans-religion", c'est bien sûr par une confession de foi personnelle qu'il a répondu à ses détracteurs. Certes ce n'est pas en adhérant à la confession de l'Église universelle (le Symbole des apôtres) mais elle n'en a pas moins une forme trinitaire. Parce que la forme compte justement. Il ne suffit pas de dire qu'on ne croit pas en la Trinité ou qu'on y croit, encore faut-il dire ce qu'elle signifie.
La Confession de foi de Vahanian a été publiée dans son ouvrage Dieu anonyme ou la peur des mots, Desclée de Brouwer, 1989. Elle n'a donc pas été largement médiatisée ni connue dans les Églises protestantes voire même dans les milieux universitaires. C'est la raison pour laquelle nous l'employons dans certaines grandes occasions au sein de la paroisse de Guebwiller où nous avons l'habitude du protestantisme helvétique de varier les confessions de foi.
Outre le fait qu'elle exprime la foi chrétienne dans toute sa richesse, à la fois dans sa simplicité et dans sa profondeur, elle est profondément poétique et inspirante. Loin d'imposer une vision de Dieu, le confessant en dit plus en deux mots qu'en de longs raisonnements.
Ainsi "Je crois en Dieu, le tout-proche" dit cette réalité mystérieuse que le Dieu "créateur du ciel et de la terre, qui ne peut être contenu par rien de ce qui existe" comme le confessait déjà Salomon a pourtant choisi d'élire domicile au plus près de nous, au plus secret et plus profond de notre présence au monde, c'est-à-dire "dans notre cœur" comme le confessent les Églises les plus piétistes alors même que Gabriel Vahanian est l'exemple même du théologien protestant libéral.
Chacune des formulations pourraient être commentée, disséquée ou expliquée dans le contexte intellectuel, théologique, philosophique et historique de notre temps. Laissons chacun la découvrir et l'explorer.
Je crois en Dieu,
le tout-proche,
plus que l'homme ne l'est de lui-même,
et que le ciel ne l'est de la terre.
Je crois en Jésus-Christ
en qui l'homme est la condition même de Dieu,
plus que l'homme ne l'est de lui-même,
et que l'absolu ne l'est du divin.
Arrhes et vertu de l'Esprit, chair de la chair de Marie
il est natif de l'humain.
Crucifié et mort sous Ponce Pilate,
il accepte la mort mieux que nous n'acceptons la vie
et nous fait don de sa vie au lieu d'en mourir.
Et il vit.
Il vit là où,
événement de Dieu, l'autre radical,
l'homme est à la portée de l'homme.
Face humaine de Dieu, seule espérance des vivants et des morts,
il vient pour libérer l'homme de ses idoles
et lui rendre un visage divin.
Je crois en l'Esprit Saint,
le Vivant,
en qui faisant corps avec nous-mêmes
nous sommes agrégés au Corps du Christ.
Je crois l'Église,
anticipation du Dieu qui vient et renouveau du monde ;
l'homme,
anticipation de l'homme nouveau et avent du Dieu qui règne.
Cette version légèrement actualisée par Gabriel Vahanian (ajout de "chair de la chair de Marie" - remplacement du mot original "prolepse" par "anticipation") a été publié à titre posthume dans Gabriel Vahanian. Penseur de l'utopie chrétienne. Philippe Aubert, Collection Figures protestantes, Olivétan, Lyon, 2016.


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