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La foi, une fois pour toutes

Roland Kauffmann
il y a 9 minutes
2 min de lecture

Chaque 24 de chaque mois, nous publions un texte concernant le théologien Gabriel Vahanian dont nous fêterons le centenaire de la naissance en 2027 (24 janvier 1927). Aujourd'hui, 24 octobre 2026, son livre "La foi, une fois pour toutes".


Plus qu'un "théologien de la mort de Dieu" ou un "théologien de la technique", Gabriel Vahanian peut être qualifié de "théologien de la parole". L'une de ses grandes particularités est, en effet, de ne pas considérer Dieu comme une "cause" ou un "objet", une "réalité" en soi, existante de toute éternité, ce dont nous ne pouvons jamais avoir qu'un idée plus ou moins fondée mais comme un "Dieu qui parle".


Le Dieu biblique est pour lui avant tout un Dieu qui parle : qui se parle à lui-même pour créer; qui parle ensuite à sa créature, parle à son peuple, à Moïse, aux prophètes, à Jésus, aux apôtres et enfin un "Dieu qui ME parle". Gabriel Vahanian distingue la notion de "Dieu" en général et le "Dieu de la Bible". Ce que l'humanité peut comprendre de Dieu en général dépend d'un environnement religieux et vient d'une lecture de la nature, de la culture ou de l'histoire : l'homme cherche toujours une preuve de l'existence de ce Dieu dont il ne peut jamais être sûr en fonction des avancées de la science.


À l'inverse, le "Dieu qui me parle" n'a aucune besoin de preuve ni de manifestation. Le simple fait qu'il me parle est déjà en soi le signe de son vouloir être avec nous. Au Dieu des religions, le "Dieu qui est", la Bible oppose, selon Gabriel Vahanian, le "Dieu qui vient vers moi, pour moi". Cette rencontre intime, subjective au plus haut point n'est autre que la rencontre entre une parole millénaire et l'instant présent, dans ma réalité d'aujourd'hui et chaque jour renouvelée. Une rencontre individuelle qui doit et peut se confronter à celle des autres à qui ce même Dieu a aussi parlé.

C'est au croisement des intersubjectivités que se trouve la possibilité de s'entendre et d'élaborer une foi qui pour être d'abord individuelle a pour vocation de devenir collective, partagée. Sans pour autant qu'elle ne puisse jamais être imposée, sacralisée sous la forme d'une évidence: on ne doit jamais avoir la foi, on peut la recevoir dans l'écoute de cette parole qui vient vers nous.


C'est tout cela qui se trouve dans l'un des ouvrages les plus accessibles de Gabriel Vahanian: "La foi, une fois pour toutes. Méditations kierkegaardiennes.", (Labor et Fides, 1996). En une douzaine de courts chapitres, qui jouent avec les mots pour mieux en révéler les richesses (ainsi de "l'Éphémère comme Ultime"), Vahanian montre l'étonnement devant une Église qui se paye de grandes réalisations, cathédrales alors qu'elle est fondée sur un tombeau, qui plus est vide.


"Oui, un Dieu qui nous parle, ça nous parle. Il est le tout-proche. Bien plutôt que tout-puissant, il est Dieu par sa parole. (…) il faut que l'homme et Dieu se disent Tu." (p.40).


Une pensée féconde pour aujourd'hui car nous en sommes toujours au même point, parce que chaque histoire de chaque homme est toujours à recommencer, "parce qu'en Christ, l'homme reste un homme, il reste à faire" (89).

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