Membres les uns des autres
- Roland Kauffmann
- 30 juin
- 6 min de lecture
Un portrait de notre paroisse.
Guebwiller 27 juin 2026 avant l’Assemblée générale.

Dans la perspective de notre assemblée générale qui suivra ce culte, j’ai choisi ce texte de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains parce qu’il me semble qu’il trace un portrait, sinon tout à fait fidèle mais au moins idéal de notre paroisse de Guebwiller.
En effet, nous avons là, une des descriptions de ce que devrait être l’Église aux yeux de l’apôtre Paul. Lui qui a bâti plusieurs communautés dans le monde grec insiste souvent sur la nécessaire communauté, l’union qui devrait marquer la solidarité entre les fidèles. Ainsi dans sa lettre aux Éphésiens, il leur dit qu’ils doivent être « soumis » les uns aux autres (Éph. 5,21). Il n’y a évidemment pas dans son esprit d’idée de hiérarchie et de soumission au sens où nous l’entendons aujourd'hui, au sens où les uns devraient obéir aux autres dans l’Église.
Voilà d’ailleurs une idée qui serait en horreur à certains nombres d’entre-vous et vous auriez raison. Dans notre paroisse, pas plus que dans notre Église, il n’y a pas un chef qui donnerait des ordres et des consignes qu’il faudrait suivre sous peine d’être exclus. Quand Paul parle de se soumettre « les uns aux autres », c’est pour marquer ce que l’on appellerait aujourd’hui un partage des tâches et des responsabilités. Dans telle tâche, il faut se soumettre au responsable désigné alors que pour telle autre fonction, les autres sont sous notre responsabilité.
Une idée qu’il développe encore lorsqu’il décrit aux chrétiens de la ville de Rome la manière dont il comprend le fonctionnement d’une Église. Celle-ci a d’ailleurs la particularité de n’avoir pas été fondée par lui mais d’être sans doute l’œuvre de ses amis, Prisca et Aquilas, chez qui l’Église se réunit (cf. Rom 16,3-5). Il parle donc d’une Église qu’il ne connaît pas autrement que par sa réputation, un peu comme si aujourd’hui, un prédicateur de passage devait décrire l’Église qui est à Guebwiller.
Il le ferait peut-être en décrivant les sept fonctions essentielles qu’utilise Paul. Certes on peut être un peu décontenancé quand Paul parle « d’offrir son corps en sacrifice », ce qui serait de la part des chrétiens « un culte raisonnable ». On peut se demander ce qu’il y a de « raisonnable » à s’offrir « en sacrifice » qui plus est « vivant, saint, agréable à Dieu » (Rom 12,1). Les chrétiens en ce temps-là étaient en butte à l’hostilité violente de ceux qui ne voulaient rien entendre de Jésus. Et Paul les connaît bien, il était l’un d’entre-eux, persécuteur de l’Église.
Mais ce n’est pas cet appel à la résistance qui devrait nous intéresser aujourd’hui, c’est ce qu’il dit dans la suite de notre texte : lorsqu’il ne parle plus de « vous », les chrétiens qui êtes à Rome mais de « nous, ceux qui formons un seul corps en Christ » (5). Paul ne parle plus des chrétiens de Rome ou de Guebwiller mais de tous les chrétiens, issus de son ministère ou non, dans toute la diversité de leurs pratiques et de leur foi. Car au temps de Paul comme au notre, les Églises sont diverses et ont des pratiques divergentes et contradictoires parfois. Mais elles sont unies dans une même soumission à l’Esprit du Christ et cela doit être le seul critère de l’union entre les Églises.
Voilà une première chose qui nous décrit bien en tant qu’Église à Guebwiller. Nous sommes une partie d’une plus vaste Église, notre institution avec laquelle nous sommes profondément solidaires, mais aussi nous sommes une partie d’une plus vaste Église qui déborde notre UEPAL et inclus les autres Églises de Guebwiller. L’Entente que nous formons, où chacun reste fidèle à sa vocation propre, est à ce titre exemplaire du respect que nous nous devons en tant que fidèles du même Jésus-Christ.
Paul continue son image : comme nous avons plusieurs membres dans notre corps physique et qu’évidemment tous les membres, s’ils n’ont pas la même fonction, n’en sont pas moins indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble. Il faut des pieds et des mains, une tête et un ventre, sans qu’aucun ne puisse prétendre être supérieur ou surtout pouvoir se passer des autres. Paul détaille cette image dans sa lettre aux Corinthiens (1 Cor. 12.3-7, 11, 18, 24-27 ).
Mais ici, aux Romains, il rend l’image plus spirituelle que corporelle. Il y a selon lui sept fonctions qui caractérisent une Église : celui qui exerce la prophétie, le diaconat, l’enseignement, l’exhortation, le don, la présidence et, enfin, celui qui exerce la miséricorde. Sept fonctions, sept tâches, sept ministères qui se trouvent réunis dans notre Église de Guebwiller et qui s’accordent aujourd'hui harmonieusement.
Vous me direz « qui est donc prophète parmi-nous ? ». La « prophétie » dont parle Paul n’est pas l’annonce divinatoire d’événements à venir ; le prophète chez Paul, c’est celui ou celle qui rappelle l’essentiel, qui avertit, qui est d’une certaine manière le garde-fou et inlassablement renvoi au contenu même de notre foi, à savoir l’inconditionnalité de l’amour de Dieu en Jésus. Cette fonction est assurée par plusieurs d’entre vous qui sont d’une certaine manière les « gardiens du temple », de l’exigence à la fois de liberté et d’obéissance à l’Évangile.
Le « diaconat » de Paul, ce n’est pas un hôpital mais c’est l’ensemble des activités d’organisation : le service à table, la préparation des repas, l’organisation des évènements, leur communication, leur bonne marche, et là aussi vous êtes nombreux (et surtout nombreuses) à exercer ce diaconat. Le diaconat, c’est le service, c’est aussi l’entretien et la gestion des bâtiments, des locations sans oublier les nombreuses heures de réflexion et de devis d’entreprises.
L’enseignement, c’est bien sûr la transmission et l’étude, ce que nous appelons la catéchèse ou l’étude biblique, une transmission interne de l’Évangile qui se fait grâce à plusieurs d’entre vous et que nous ne remercierons jamais assez.
L’exhortation, c’est la tâche principale du prédicateur que je suis mais aussi la tâche de chacune et chacun d’entre-nous qui nous encourageons, nous soutenons réciproquement pour qu’au moment où l’un chancelle un autre puisse le relever et lui redonner sa place.
Celui qui donne, ce sont bien sûr les nombreux donateurs sans lesquelles nos cultes ne seraient plus chauffés, ni éclairés mais aussi qui rendent possible par leur générosité toutes nos activités. Un tiers des foyers inscrits dans notre paroisse est donateur (136/411 soit 33 %), nous pouvons être fiers de ce taux d’engagement qui est largement supérieur à bien des paroisses, même les plus riches. Être donateur, c’est aussi une manière d’agir quand on ne peut plus faire autrement. Donner de son temps, donner de son énergie, de sa compétence, de sa capacité, c’est aussi donner sans que cela ne puisse vraiment apparaître dans un bilan financier. Le bénévolat est une richesse sans laquelle notre paroisse ne pourrait exister et qu’il soit fait avec joie.
La présidence, ce n’est bien sûr pas la seule personne de notre président mais c’est l’ensemble de l’administration et de la direction de notre paroisse qui est assumée collégialement et collectivement. Collégialement parce que nous discutons de tous les sujets largement et collectivement parce que chacun est responsable de sa partie et en rend compte aux autres.
Enfin, la fonction la plus surprenante et largement représentée parmi nous, c’est celle de la miséricorde, autrement dit du soin que nous nous portons les uns aux autres, de l’attention que nous avons les uns pour les autres, sans qu’il n’y intrusion mais avec respect, s’entretenir les uns des autres, s’enquérir les uns des autres, prendre des nouvelles, accueillir celles et ceux qui passent comme celles et ceux qui sont toujours là. La miséricorde de Paul, c’est la qualité de notre accueil.
Voilà donc, avant notre assemblée générale un portrait que je crois fondamentalement ressemblant de notre paroisse, une réalité à laquelle chacune et chacun d’entre-nous contribue à hauteur de ses capacités et où chacune et chacun trouve, je crois, sa place. Sans oublier bien sûr que les fonctions peuvent se cumuler, certains sont à la fois prophète, diacre, donateur ou encore exerçant la miséricorde, d’autres assurent une seule de ces fonctions, l’essentiel étant que tout ce qui est fait le soit avec joie, et sincérité, voilà notre paroisse et voilà pourquoi nous pouvons tous rendre grâce d’être membres les uns des autres.
Roland Kauffmann
















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