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  • Roland Kauffmann

Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.

Dernière mise à jour : 24 mai 2023

Roland Kauffmann, chapelle de l'Eau Vive, Wittelsheim, 14 mai 2023


À la sortie de notre dernière étude biblique, Bible en mains à Guebwiller, les débats allaient bon train et étaient vifs entre plusieurs participants. En effet, nous avions abordé le dernier article du Symbole des apôtres à savoir « Je crois en l'Esprit saint. Je crois la sainte Église universelle (…) la vie éternelle ». Et j'insistais particulièrement sur deux aspects et même trois, l'importance de l'Esprit saint qui nous réunit en une communion des saints, ce qui est une définition de l'Église. Je disais entre autre qu'il ne peut y avoir d'Église sans l'Esprit : toute Église, même celles avec lesquelles nous sommes en désaccord est d'abord et avant tout l'assemblée de personnes qui ont été appelées par l'Esprit.

C'était le second point sur lequel j'insistais, à savoir que nous ne choisissons pas de croire, ce n'est pas une décision raisonnable ou argumentée mais une vocation. Non pas au sens d'un métier mais vraiment au sens d'un appel, chacun et chacune d'entre-nous fait partie de l'Église parce que nous avons été connus de toute éternité, avons été prédestinés à être semblables à l'image du Fils premier-né, avons été appelés, avons été justifiés et avons été glorifiés. Vous trouverez ces formulations dans les épîtres de Paul aux Romains (Ro 8, 28-39) et aux Éphésiens (4, 1-16). C'est là que les participants ont commencé à tiquer à cause des notions de « prédestination », qui laisse penser que Dieu a choisi ceux et celles qu'il veut sauver et que finalement notre sacro-saint libre arbitre n'a pas tellement d'importance. Or nos Églises se présentent comme les Églises de la liberté de conscience et insistent sur l'importance du libre-arbitre.


Mais là où les choses ont commencé à tanguer, c'est quand certains ont compris que cette idée d'un appel par l'Esprit pouvait vouloir dire plusieurs choses.

Soit l'Esprit nous appelle, nous et pas les autres qui sont condamnés d'avance et là, c'est notre esprit de justice qui bloque. En se disant que Dieu ne peut être injuste en décidant arbitrairement de sauver un tel et pas un tel. Éternel débat de la théologie depuis Calvin au moins. Parce que la réponse inverse, Dieu appelle tout le monde et sauve tous les hommes et les femmes de toutes les cultures et de toutes les époques, si elle satisfait notre esprit missionnaire et correspond bien à l'idée d'Église universelle comme la prière est universelle pose un problème redoutable dès que l'on va à sa limite. Si tous sont sauvés, les bourreaux aussi ? Les salauds aussi et les tyrans ? Avec ces deux figures historiques qui symbolisent le mal absolu, en tout cas dans sa version XXe siècle, Hitler et Staline sont-ils donc eux-aussi justifiés ? Si nous disons, et c'était le troisième point que je développais, que nous ne sommes pour rien dans notre salut : nous sommes sauvés par la grâce inconditionnelle de Dieu par le don gratuit que Jésus le Christ a fait de sa propre vie - Vous aurez d'ailleurs reconnu là le principe protestant dans sa version la plus pure – alors où placer le curseur ailleurs qu'en incluant les méchants ?

Si cela est vrai pour nous qui n'avons rien fait pour le mériter, cela doit aussi être vrai pour « EUX » ! Et là encore notre sens de la justice est malmené, c'est quand même injuste que eux-aussi soient pardonnés, justifiés, appelés alors qu'ils ont fait tant de mal.

Je me suis bien gardé d'entrer dans le débat, justement pour le laisser grandir et dans les échanges est rapidement venu sur la table, ou plutôt sur le perron, le verset que nous avons entendu tout-à-l'heure dans l’épître du même Paul à Timothée : « Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4) et qui est un point récurrent de la pensée de Paul dès qu'il s'agit de parler de salut. Le Dieu dont parle Paul, contrairement au Dieu des philosophes qui est par définition, immuable, sans changement et sans intention, sans cause ni conséquences puisqu'il est de toute éternité, hors du temps et de l'espace, est un Dieu qui « veut », qui exprime une volonté !

Or vouloir c'est se donner les moyens, c'est agir en cohérence avec ce que l'on veut. On ne peut pas vouloir plus que ce que l'on est capable de faire et on ne peut pas non plus vouloir quelque chose sans être prêt à subir les éventuelles conséquences, positives ou négatives, de notre volonté. L'exercice de notre volonté est une expérience quotidienne que nous faisons tous. Nous devons sans cesse adapter notre volonté à la réalité des conditions personnelles, collectives, intérieurs ou extérieures qui viennent soit la renforcer, la conforter, soit l'affaiblir jusqu'à parfois la faire disparaître.

Si donc Dieu veut, et comme il a les moyens de faire ce qu'il veut, ne pouvons-nous pas en déduire que sa volonté est faite, comme nous le disons d'ailleurs chaque jour dans notre prière « Que ta volonté soit faite » qui est l'exemple même d'une volonté réalisée aussitôt qu'exprimée. Que la volonté de Dieu nous dérange, dérange notre sens de la justice, n'est-ce pas justement le propre de la Parole de Dieu que de toujours venir nous surprendre et nous prendre à rebrousse-poils ?


Le salut pour tous


En fait le problème de Paul au moment où il écrit à son cher Timothée est le même que pour nous. Vous l'avez entendu se déclarer « docteur des païens, dans la foi et dans la vérité » (2, 7) et nous sommes tellement habitués à lire nos bibles que nous ne faisons plus l'effort de nous remettre dans le contexte de l'époque. Paul est ici à la fin de sa vie. Il a bataillé tout au long de son ministère pour défendre une idée, une idée fixe au point d'en devenir une obsession. À cause de cette idée, il s'est brouillé avec tous les autres apôtres. Ceux-là affirmaient que Dieu sauve son peuple et que Jésus est le nouveau Moïse venu libérer le peuple d'Israël de l'oppression, du mal, du péché, de l'ignorance, de toutes les formes de souffrance. En tout cas, pour ceux-là, Jésus est venu pour les enfants d'Abraham et les disciples de Moïse, pour eux et pour eux seuls.


Au moment de passer la main à son disciple préféré et de lui laisser la responsabilité des Églises qu'il a fondé, Paul revient au fondement de son argumentation. Dieu est unique « il y a un seul Dieu », « il y a un seul médiateur » autrement dit pas d'autre intermédiaire entre Dieu et les hommes que l'homme Jésus et comme l'humanité est une, cet intermédiaire « s'est donné en rançon pour tous », y compris pour les païens, ce qui était un scandale pour les premiers chrétiens issus des synagogues.


Ce qui est pour nous tellement évident, le fait que le Christ soit mort pour toute l'humanité, était un scandale aussi scandaleux que d'imaginer les méchants d'aujourd'hui comme étant justifiés, appelés et sauvés. Alors j'entends ceux qui disent « oui mais seulement s'ils ont la foi, or les méchants font la preuve qu'ils n'ont pas la foi parce que sinon ils vivraient différemment et ne feraient pas ce qu'ils font » C'est juste mais c'est la même chose qu'à l'époque de Paul où ses adversaires disaient que « Oui les païens sont sauvés à la condition d'être circoncis autrement dit de devenir juifs ». Pour eux, c'était la même chose, on ne pouvait être sauvé sans être circoncis. À telle enseigne que Paul, tout Paul qu'il était, avait dû se résoudre à circoncire son disciple, ce même Timothée qu'il exhorte ici à reprendre son flambeau du salut voulu par Dieu pour toute l'humanité, non du fait de la foi, ni des œuvres mais du seul fait que l'intermédiaire Jésus-Christ s'est donné en rançon pour tout, accomplissant ainsi la volonté même de Dieu.

Quelque soit la condition que l'on met au salut, condition autre que le don gratuit et parfait du Christ sur la croix, on confond les choses entre les causes et les conséquences. C'est parce que nous plaçons le salut devant nous, dans un avenir plus ou moins clair, quelque chose que nous obtiendrons. Or avez-vous remarqué que Paul parle au passé ? Le Christ s'est donné. De même, dans l’épître aux Romains, « nous avons été connus, appelés, justifiés et même glorifiés », tout cela est déjà accompli par l’œuvre unique du Christ.


Un seul médiateur

Mais que nous soyons sauvés ne signifie pas automatiquement que nous soyons dignes du salut qui nous a été donné une fois pour toutes en Jésus-Christ. Quand Paul exhorte à prier pour les autorités, pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position supérieure, inaugurant ainsi la longue tradition des prières pour les autorités, c'est Néron qui est empereur ! Et celui-ci n'a rien à envier à nos méchants d'aujourd'hui. Il condamnera le grand philosophe Sénèque à se suicider, et il incendiera Rome accusant les chrétiens du crime pour mieux les punir alors même qu'ils ne cherchaient qu'à mener « une vie paisible, en toute piété et dignité » dans le respect des lois de l'empire.


Prisonnier, Paul demande à prier pour celui qui le maintient prisonnier. Et c'est au moment où il écrit à Timothée et aux Éphésiens dont Timothée est d'ailleurs le pasteur qu'il nous exhorte à ne pas nous préoccuper du salut des autres ni d'ailleurs du notre. C'est une affaire qui n'est pas de notre compétence ni de notre pouvoir ni de notre vouloir mais qui est entièrement du vouloir et du pouvoir de Dieu. Ce qui importe c'est que nous, nous prenions conscience du fait que nous sommes appelés et devons donc marcher « d'une manière digne de notre vocation » (Éph. 4, 1) parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu et père de tous, parmi tous et en tous (Éph. 4, 6). La connaissance de cette vérité n'est pas chose facile ni évidente tant nous aimerions bien faire partie du petit nombre des élus, des privilégiés que Dieu aurait choisi mais de la même manière que Moïse a refusé de sacrifier le peuple pourtant idolâtre et de se résigner à la volonté de Dieu qui était, en première intention, d'exterminer les israélites qui sacrifiaient au veau d'or pour les remplacer par un nouveau peuple issu de Moïse.

Le Dieu de Moïse se laisse changer. Le texte nous dit que Dieu se repentit du mal qu'il voulait faire, plus exactement il « regretta le malheur dont il avait déclaré qu'il frapperait son peuple » (Exode 32, 14). Ce Dieu qui change et qui initialement avait prévu de ne « sauver » que ce petit peuple perdu dans le désert, a changé au point de décider de sauver toute l'humanité car sinon, on pourrait lui reprocher, exactement comme ose le faire Moïse sa relative injustice. Dieu ne pourrait être le Père créateur de toute l'humanité pour accepter que certains ne soient pas appelés et justifiés, sauf à imaginer que l'humanité pourrait être multiple et que les dieux puissent aussi être nombreux. Alors seuls les fidèles de tel ou tel dieu sont sauvés par ce dieu particulier par l'intermédiaire de diverses manières et conditions.

Or, et c'est le point absolument fondamental pour Paul, il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et l'homme à savoir le Christ, autrement dit Dieu lui-même, autrement dit l'Esprit Saint. Et la sainteté qui nous met à part du reste de l'humanité n'est pas une séparation de nature ou de qualité entre « perdus » et «sauvés » mais entre ceux qui savent ce qu'ils doivent au Christ et ceux qui l'ignorent. Notre prière doit ainsi être pour que ceux qui l'ignorent le découvrent et vivent en cohérence avec cette découverte. Et en second lieu pour que nous croissions les uns avec les autres dans cette connaissance de nous-mêmes et de la vérité, c'est-à-dire que nous puissions voir en tout homme, même le pire, un homme ou une femme appelé et pardonné par Dieu et pouvant donc en conséquence mais seulement après en avoir pris conscience renoncer au mal et marcher en nouveauté de vie, comme nous l'avons découvert, chacun en ce qui le concerne.


Roland Kauffmann

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