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Pierre-Marie Beaude

  • Roland Kauffmann
  • 23 févr.
  • 14 min de lecture

L’exégèse en dialogue


Bible en Mains du jeudi 19 février 2026


Pierre-Marie Beaude est un exégète atypique. À la fois auteur d'ouvrages et d'articles spécialisés ou grand public, il est aussi auteur de romans et de livres jeunesse où il actualise les grands récits fondateurs, bibliques ou non, par le biais de la fiction.


Il est également l'auteur d'un ouvrage remarquable, caractéristique de sa méthode: La Bible de Lucile (Bayard, 2014) présente un dialogue imaginaire entre un "vieil oncle, enfermé dans son bureau, qui passe des heures à lire des textes quelque peu poussiéreux" (57) et sa nièce, jeune femme active qui a "tenté plusieurs fois l'aventure [de| lire la Bible] toute seule, et [qui a] toujours échoué". (11)


Cette démarche d'une recherche en dialogue est celle de Pierre-Marie Beaude qui déclare (ou plutôt "l'oncle" qui lui sert de miroir) : "nous ne lisons pas seuls. Il y a tous ceux qui ont lu avant nous et qui peuvent nous accompagner; il y a aussi les lectures faites dans des groupes de recherche et de réflexion. Tout cela aide à éviter de sacraliser un texte contre un autre." (Lucile, 1155). Une telle réflexion peut justement servir de programme à un groupe tel que Bible en mains.


Pierre-Marie Beaude considère que « toute parole univoque conduit à des impasses. Dans un dialogue, chacun dit sa part de vérité et il y a confrontation entre les questions posées par Lucile et les savoirs exposés par son oncle. La vérité n'est ni dans les questions ni dans les savoirs mais dans l'interaction entre les deux »1. Le couple formé par Lucile et son oncle est entièrement fictionnel mais les dialogues sont le fruit des échanges menés durant trente ans entre l'auteur et ses étudiants en séminaires de DEA.


Pierre-Marie Beaude dispose de son propre site internet où sont disponibles ses biographies et bibliographies: https://pierre-mariebeaude.fr/site2/index.php

Né en 1941, il a été professeur à l’UFR de Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Metz, durant plus de 25 ans, avec pour spécialité le judaïsme ancien et les origines chrétiennes. Il y est professeur au Centre Autonome de Pédagogie Religieuse, qui forme en particulier les professeurs de religion des régions concordataires. Il enseigne également au niveau DEA dans la discipline des Lettres. Il oriente sa recherche sur la présence de la Bible dans la littérature contemporaine et les liens entre théologie et littérature. Retraité depuis 2007, il continue sa carrière à la fois d'exégète et d’auteur de fiction à destination des adultes et des jeunes. Il a renoncé volontairement en 2007 à la prêtrise afin de garantir sa complète liberté de recherche et de création.


Sa bibliographie compte 63 ouvrages répartis en « publications recherche » et « publications grand public » ainsi qu'un grand nombres d'articles scientifiques.

Dans sa thèse L'accomplissement des Écritures. Pour une histoire critique des systèmes de représentation du sens chrétien, (« CF 104 », Paris, Cerf, 1980, 344 pages). Pierre-Marie Beaude s'inscrit dans une forme de réconciliation de l'exégèse catholique avec la science critique. En s'appuyant sur l’œuvre de Richard Simon (1638-1712), il privilégie la lecture rabbinique : le Pardès ou les quatre voies d'interprétation (Peshat, explication de la lettre du texte ; Remez, le sens allégorique ; Derash, la signification ou midrash ; Sod, le sens mystique tout en utilisant les divers « nouveaux paradigmes » de l'exégèse que sont les méthodes de la critique littéraire, la sémiologie (ou les sciences du discours), la narratologie, la psychanalyse ou l'approche féministe. Chacune de ces méthodes lui paraît complémentaire aux autres et elles doivent être utilisées non pas de manière systématique mais adaptée au genre littéraire du texte (l'analyse rhétorique n'est pas exemple pas adaptée au genre poétique, les psaumes par exemple).


Il accorde cependant une importance toute particulière à « l'esthétique » du texte, autrement dit la manière dont le texte se présente à nous, développe ou non des arguments, des figures ou des thèmes : la beauté du texte, sa forme en général, participe à sa compréhension par le lecteur. (cf. son ouvrage Saint Paul. L’œuvre de métamorphose, Paris, Cerf, 2011 et "Rhétorique et esthétique dans les lettres de Paul", dans : L'argumentation éthique. Hommage à René Heyer, sous la direction de Marc Feix, "Chemins d'Ethique" Presses Universitaires de Strasbourg, 2016, p. 79-88.).


Il accorde beaucoup d'importance à la fonction du lecteur qui n'est pas un simple réceptacle du sens mais devient « co-énonciateur » du sens qu'il trouve dans le texte. Il s'agit de toujours partir du texte tel qu'il nous est parvenu tout en étant à l'écoute des multiples « voix qui nous habitent ». Ces voix sont celles de l'histoire, de la théologie, de la Tradition de l'Église mais aussi de la culture et des arts. Elles constituent un biais qui oriente notre propre compréhension du texte.


Il s'agit de « savoir relier ces voix qui nous habitent pour en faire une richesse » plutôt qu'une impasse ou une voie sans issue. Cette attention « aux voix » est une prise en compte de tout ce qui est énonciateur de sens, étant entendu que l'auteur d'un texte biblique est lui-même lecteur d'un texte, d'une histoire, d'une tradition qui lui est antérieure. (cf. Marguerat « l'auteur d'un texte biblique est aussi un lecteur qui amalgame d'une certaine façon un matériau qui le précède », séance du 20 novembre 2025). Si la recherche de ce matériau antérieur (le « texte source ») est utile, il faut cependant s'attacher au texte qui en résulte.


Cette démarche d'écoute des « voix intérieures » vient de la proximité de Pierre-Marie Beaude avec Henri de Lubac (1896-1991) et Michel de Certeau (1925-1986). Le premier critique la conception de « sens plénier » auquel l'exégèse devrait parvenir : le sens n'est jamais fini d'être découvert et surtout le texte ne correspond jamais exactement aux dogmes qui se fondent sur lui. Le second développe des outils d'analyse anthropologiques qui renouvellent profondément la compréhension des textes bibliques notamment les récits des origines.


D'une manière générale et en cohérence avec le projet initial de réconciliation de la recherche biblique avec la critique, Pierre-Marie Beaude considère que les « théologiens d'aujourd'hui doivent prendre le temps de dialoguer avec les penseurs contemporains pour répondre aux problèmes tels qu'ils se posent aujourd'hui dans le langage d'aujourd'hui ». Il s'inscrit ainsi dans une démarche toute schweitzerienne : « Le christianisme ne peut devenir une vérité vivante pour les générations à venir qu'à la condition que dans chacune d'elles des penseurs, animés de l'esprit de Jésus, donnent à la foi en lui une forme correspondant à la compréhension du monde de leur époque. »2


Pierre-Marie Beaude est également l'auteur d'un dossier "Les enjeux de l'exégèse contemporaine" publié dans les Cahiers Évangile, n°189, septembre 2019, Cerf qui répond aux questions de notre année d'études consacrée justement à la présentation de plusieurs exégètes contemporains.


La lecture n'est pas non plus un acte en soi, elle trouve tout son sens dans l'action: "Agir [c'est] l'accomplissement de la lecture" (La Bible de Lucile, p. 1213). C'est ainsi qu'elle s'accomplit spirituellement : "L'Écriture est destinée aux lecteurs et (…) leur expérience spirituelle de lecteurs entre dans la constitution du sens" (Cahiers Évangile, p.37).


Il s'agit de réconcilier l'intention de l'auteur (le sens "littéral" au sens ce que dit le texte et comment il le dit) et ce que peut en comprendre le lecteur d'aujourd'hui (le sens "spirituel") et ce qu'il peut en faire (le sens éthique). Autrement dit: ce que dit le texte (objet), ce que j'en comprends (sujet) et ce que j'en fait (verbe).


Lors de la séance du 19 février, nous abordons la méthode de Pierre-Marie Beaude à partir du texte de Genèse 3, 1-24, qu'il intitule "Le serpent qui parle, la transgression, le procès" (La Bible de Lucile, p.50-60) qui est également le texte prévu pour la prédication du culte du 22 février, laquelle sera largement inspirée des conclusions du travail de groupe.


Trois questions sont posées aux participants

  • À la lecture de ce chapitre, qu'est ce qui est le plus surprenant ? un serpent qui parle ? un Dieu qui pose des questions ? ou un Adam/Ève qui mange le fruit ?

  • Pouvez-vous distinguer des parties ?

  • Que nous raconte ce récit de la condition humaine ? Est-ce d'ailleurs un récit historique, mythologique ou fictionnel ?

Genèse 3, 1-24 - Colombe 1978

Genèse 3, 1-24 - TOB

Le serpent qui parle (3, 1-5)

1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? 2 La femme dit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. 3 Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez. 4 Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez pas du tout ! 5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal.

1 Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « Vraiment ! Dieu vous a dit : “Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin”… » 2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, 3 mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas afin de ne pas mourir.” » 4 L e serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas, 5 mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »

la transgression (3, 6-7)

6 La femme vit que l'arbre était bon à manger, agréable à la vue et propre à donner du discernement. Elle prit de son fruit et en mangea ; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea.

7 Les yeux de tous deux s'ouvrirent ; ils prirent conscience du fait qu'ils étaient nus. Ils se firent des ceintures avec des feuilles de figuier cousues ensemble.

6 La femme vit que l'arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. 7 Leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils surent qu'ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des pagnes.

L'instruction du procès (3, 8-13)

8 Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. L'homme et sa femme allèrent se cacher devant l'Éternel Dieu, parmi les arbres du jardin. L'Éternel Dieu appela l'homme et lui dit : Où es-tu ? 10 Il répondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin et j'ai eu peur, parce que je suis nu ; je me suis donc caché.

11 L'Éternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ? 12 L'homme répondit : C'est la femme que tu as mise auprès de moi qui m'a donné de l'arbre, et j'en ai mangé. 13 Alors l'Éternel Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme répondit : Le serpent m'a induite en erreur, et j'en ai mangé.

8 Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L'homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin. 9 Le SEIGNEUR Dieu appela l'homme et lui dit : « Où es-tu ? » 10 Il répondit : « J'ai entendu ta voix dans le jardin, j'ai pris peur car j'étais nu, et je me suis caché. » – 11 « Qui t'a révélé, dit-il, que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais prescrit de ne pas manger ? » 12 L'homme répondit : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. »

13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme : « Qu'as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m'a trompée et j'ai mangé. »

Les sanctions (3, 14-19)

14 L'Éternel Dieu dit au serpent :

Puisque tu as fait cela,

Tu seras maudit entre tout le bétail

Et tous les animaux de la campagne,

Tu marcheras sur ton ventre

Et tu mangeras de la poussière

Tous les jours de ta vie.

15 Je mettrai inimitié entre toi et la femme,

Entre ta descendance et sa descendance :

Celle-ci t'écrasera la tête,

Et tu lui écraseras le talon.

16 Il dit à la femme :

Je rendrai tes grossesses très pénibles,

C'est avec peine que tu accoucheras.

Tes désirs (se porteront) vers ton mari,

Mais il dominera sur toi.

17 Il dit à l'homme : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger,

Le sol sera maudit à cause de toi ;

C'est avec peine que tu en tireras ta nourriture

Tous les jours de ta vie,

18 Il te produira des chardons et des broussailles,

Et tu mangeras l'herbe de la campagne.

19 C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain,

Jusqu'à ce que tu retournes dans le sol,

D'où tu as été pris ;

Car tu es poussière,

Et tu retourneras à la poussière.

14 Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. 15 Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »

16 Il dit à la femme : « Je ferai qu'enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c'est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. »

17 Il dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie, 18 il fera germer pour toi l'épine et le chardon et tu mangeras l'herbe des champs. 19 A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol car c'est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »


L'expulsion (3, 20-24)

20 L'homme donna à sa femme le nom d'Ève : car elle a été la mère de tous les vivants. 21 L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit.

22 L'Éternel Dieu dit : Maintenant que l'homme est devenu comme l'un de nous pour la connaissance du bien et du mal, évitons qu'il tende la main pour prendre aussi de l'arbre de vie, en manger et vivre éternellement. 23 L'Éternel Dieu le renvoya du jardin d'Éden, pour qu'il cultive le sol d'où il avait été tiré. 24 Après avoir chassé l'homme, il mit à demeure à l'est du jardin d'Éden, les chérubins et la flamme de l'épée qui tournoie, pour garder le chemin de l'arbre de vie.

20 L'homme appela sa femme du nom d'Eve – c'est-à-dire La Vivante –, car c'est elle qui a été la mère de tout vivant. 21 Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit. 22 Le SEIGNEUR Dieu dit : « Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu'il ne tende pas la main pour prendre aussi de l'arbre de vie, en manger et vivre à jamais ! »

23 Le SEIGNEUR Dieu l'expulsa du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris. 24 Ayant chassé l'homme, il posta les chérubins à l'orient du jardin d'Eden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de vie.


Pierre-Marie Beaude distingue 5 sections


  • Le serpent qui parle (3, 1-5)

    • Un dialogue mais non pas entre l'homme et la femme mais entre une "créature" et la femme.

    • La femme n'est pas une "créature", elle a été tirée de la côte de l'homme, elle est donc une part de l'homme. C'est donc une personne humaine (mâle/femelle) d'une part et un animal d'autre part : il y a une séparation entre les deux types de créatures, l'humain est séparé de l'animal.

    • le serpent n'est pas un adversaire de Dieu mais une créature: rejet d'un système dualiste qui opposerait un dieu bon et un dieu mauvais.

    • Dieu n'est pas responsable de ce qui va arriver, c'est le serpent: toute religion doit expliquer le fait de la mort, le serpent fait un "coupable" idéal plutôt que Dieu.


  • la transgression (3, 6-7)

    • une narration qui décrit la condition humaine: "poser en fin de récit, que l'homme est mortel et libre de ses choix. Libre de ses choix, c'est là sa ressemblance avec Dieu; mortel, c'est là sa différence.

    • le serpent est rusé, il mêle le vrai (vous ne mourrez pas) et l'erreur (vous serez comme des dieux). mais aussi ce qu'il ignore (ils deviendront mortels: entre "mourir" et "être mortel" il y a une immense différence).

    • La femme et "son mari" se distinguent par le geste du don, ils ne sont plus un mais deux: une nouvelle séparation, "IEL" devient "elle et lui", nouvelle étape de séparation, ils deviennent un pluriel.

    • lls ne meurent pas mais découvrent la pudeur.


  • L'instruction du procès (3, 8-13)

    • Dieu se promène et pose une question: une manière d'entamer la conversation comme le serpent l'avait fait avant lui. Il y a un changement qui ne peut être que lié à l'interdit qui avait été posé.

    • constat de la transgression: la découverte par l'homme et la femme de leur véritable identité, qu'ils n'étaient pas fait pour demeurer éternellement dans le jardin.

    • ils sont certes trompés par le serpent qui leur fait croire que leur identité est devenir "semblable à Dieu".

    • ils découvrent qu'ils ne sont justement pas comme Dieu, sinon ils n'auraient pas eu peur, mais qu'ils sont nus.


  • Les sanctions (3, 14-19)

    • une véritable sanction aurait été la mort immédiate ou à la limite que le sol soit définitivement maudit et ne nourrisse plus l'humain.

    • pas une "grosse punition" mais la description du statut de la réalité humaine et de la réalité animale. C'est un récit étiologique, qui explique la causalité des choses telles qu'elles sont.

      • pourquoi le serpent rampe-t-il ? à cause de sa responsabilité.

      • pourquoi la femme est-elle dominée par son mari ? à cause de sa responsabilité (dans une logique d'une religion patriarcale).

      • pourquoi l'homme doit-il lutter contre la nature ? toujours à cause de sa responsabilité.


  • L'expulsion (3, 20-24)

    • la femme n'est plus "la côte", un autre lui-même pour l'homme; chacun reçoit son nom où chacun est décrit dans son rapport à l'autre.

    • la vie vient de la femme (ḥawwāh - vie, cf racine ḥayyāh ) et non plus d'un arbre magique; l'homme n'est plus un "souffle de vie" (nep̄hešh ḥayyāh, Genèse 2, 7), mais glaiseux (hāāḏām- glaise, terre), il a perdu le souffle de vie, la vie est passée du côté de la femme.

    • l'arbre c'est la vie sans la mort, la femme c'est la vie dans un processus, elle est "mère de tous les vivants".

    • plutôt qu'une expulsion proprement dite, c'est plutôt un éloignement, une mise à distance pour éviter que l'homme ne devienne réellement comme Dieu en mangeant du fruit de l'arbre de vie.

    • une naissance à la vie réelle.


  • transgression et non pas péché ni faute

    • le terme de péché n'arrive qu'en Genèse 4,6 (ḥaṭṭāṯ) et la faute (‘ăwōnî) en 4,13.

    • c'est Paul qui va développer le lien entre transgression (parabasis) et péché (hamartia) en Romains 5, 12-6,13

      • de même que la mort est apparue dans le monde du fait (plutôt que "par la faute") d'un seul, Adam, ainsi la vie véritable, celle qui est vécue grâce à l'Esprit de Dieu, est survenue dans le monde du fait (ou "grâce à") d'un seul, Jésus, compris comme le premier d'une nouvelle génération. De même que Adam a été le premier selon la chair, de même Jésus est le premier selon l'Esprit. C'est un processus de symbolisation successive.

    • le premier péché, c'est le meurtre d'Abel par Caïn. La transgression est ce qui a rendu le péché possible : le péché n'est pas la désobéissance envers Dieu mais la négation de l'altérité qui se concrétise par le meurtre ce qui équivaut à un refus de l'identité de l'être humain: 

      • "Le péché dont parle l'apôtre est cette force terrible qui incite chaque homme à vouloir recommencer l'expérience d'Adam: vouloir devenir comme les dieux. (…) Ce que je suis vraiment ? Un être humain constitué par l'interdit qui m'empêche d'être ma propre idole, c'est-à-dire de me prendre pour un être tout-puissant devant lequel les autres n'existent pas." (La Bible de Lucile, p.1092)


  • une séparation créatrice

    • En décrivant la condition de l'homme, capable de connaître et donc de faire des choix mais aussi mortel et donc inscrit dans une limite, le récit de Genèse 3 parachève le récit de la création qui s'opère par des séparations successives.

      • Dieu forme un homme de la poussière du sol mais cet homme est un automate dont les jours se succèdent sans fin, sans raison, sans histoire. Il est sans malheur mais aussi sans bonheur. Cela n'est pas bon !

      • Dieu lui donne donc un miroir "qui lui est semblable", l'homme peut ainsi se contempler sans fin. Il est limité dans l'admiration de cet autre lui-même qui à son tour est sans bonheur ni malheur dans la succession des jours tous identiques.

      • en accédant à l'arbre de la connaissance du bonheur et du malheur (plutôt que du bien et du mal) l'homme devient bien comme Dieu ("il est comme l'un de nous") : la capacité créatrice, la liberté de choisir entre bonheur et malheur mais avec une limite, sa propre mortalité.

      • "la liberté nous rapproche de Dieu. La mort nous en distingue. La vie humaine, c'est la vie avec la mort, qui se transmet de génération en génération." (Lucile, p.59)


1 Entretien avec l'auteur, 18 février 2026.

2 Albert Schweitzer, La Mystique de l'apôtre Paul, [1930], Albin Michel, 1960, p.318.

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