Et que tu marches humblement avec ton Dieu
Guebwiller 13 septembre 2026
Culte de rentrée avec les catéchumènes.

Chers catéchumènes,
Vous voilà pour la première fois pour certains d'entre vous dans un culte et vous vous demandez peut-être pourquoi je suis monté sur ce piédestal que l'on appelle une chaire. En fait, vous l'avez vu et entendu, dans un culte il y a plusieurs moments : on entend des textes, on chante, on prie, on écoute de la musique et il y a un moment où le pasteur que je suis prends la parole pour expliquer des textes bibliques.
Alors c'est un moment tout particulier que vous ne trouverez nul part ailleurs. Parce que c'est peut-être le seul endroit où vous entendrez quelqu'un vous parler pendant un ¼ d'heure. Oui, vous parler à vous, catéchumènes mais pas seulement à vous. Parfois vous ne comprendrez rien, ça vous paraîtra trop compliqué, trop vague, et c'est normal. C'est parce que vous ne savez pas forcément de quoi on parle.
Quand vos professeurs à l'école vous parlent de leurs matières, vous êtes tous à peu près du même niveau et le professeur s'adapte à ce que vous êtes censés savoir quand vous êtes, par exemple, en 4e. Ici au culte, c'est différent. Le pasteur s'adresse à vous mais aussi aux autres personnes présentes, à des adultes qui savent a priori de quoi on parle. C'est ça qui est nouveau pour vous. Pour la première fois, vous êtes inclus dans une assemblée d'adultes et vous allez entendre des paroles qui ne sont pas seulement pour vous mais qui vous incluent dans une communauté.
Il y a donc des choses à apprendre, à comprendre, des références à avoir avant de pouvoir vraiment comprendre de quoi on parle dans les cultes et c'est ce que nous essaierons de faire dans ces deux années de catéchisme. « Catéchisme », ça veut dire justement « apprentissage ». Nous apprendrons à connaître la vie et le message d'un personnage essentiel dans l'histoire, un certain Jésus de Nazareth. Vous verrez que ce n'est pas simplement un homme né à Noël dans une étable, entre un bœuf et un âne gris, et mort à Pâques sur une croix. Mais qu'il a proposé toute une manière de voir et de comprendre le monde, d'agir dans la société qui est encore essentielle aujourd'hui. Parce qu'il a parlé de pardon, de liberté, de vérité, de dignité, d'égalité et d'amour inconditionnel, toutes choses qui nous concernent, et vous concernent, encore aujourd'hui.
Mais il paraît qu'à votre âge, on ne doit pas vous parler trop longtemps, que vous n'avez pas l'habitude d'écouter plus de deux ou trois minutes. Alors je vous préviens, je n'y crois pas un instant. Je suis persuadé que vous avez la capacité de vous concentrer même quand les choses peuvent paraître compliquées. C'est peut-être un pari mais je suis sûr que vous arriverez à le relever. Mais sans doute faut-il faire cependant un effort pour que certains adultes puissent comprendre.
Alors pour eux et pour vous, je voudrais me livrer avec vous à une petite expérience simple. J'ai ici deux verres identiques, et ces verres c'est vous. C'est aussi chacun et chacune d'entre nous. Nous sommes tous comme des verres, vides à priori. Alors bien sûr qu'il y a dans la vraie vie des verres très différents, des grands, des petits, de différentes formes et de différentes matières comme il y a dans la vraie vie des personnalités très différentes. Nous qui sommes ici, sommes chacun comme un verre différent mais, en vrai, un verre reste un verre, peu importe sa qualité, son type, sa couleur.
Mais un verre ne sert à rien. Sa fonction, sa nature, est d'être rempli. On peut y mettre ce qu'on veut, du coca, de l'eau, du lait, même de la moutarde ou du vin peu importe, un verre doit être rempli pour vraiment être un verre. Pour la simplicité de mon expérience, voilà donc de l'eau. De l'eau très simple, du robinet de Guebwiller et cette eau, elle représente tout ce qui nous arrive, les événements de l'existence, les joies et les peines, les ennuis et les bonheurs, bref tout ce qui nous arrive, nous est arrivé et nous arrivera. Elle représente tout ce qui nous remplit. Alors, bien sûr, il y a plein de choses différentes qui nous arrivent, la vie est faite de mélanges et d'incertitudes et nous devons faire avec mais, encore une fois, pour la simplicité de l'expérience, voilà donc deux verres identiques remplis de la même eau. Ils se ressemblent donc absolument.
Et voilà deux récipients qui contiennent chacun une poudre blanche, rassurez-vous, c'est une poudre que vous connaissez bien parce que vous l'avez tous déjà consommée, c'est d'un côté du sucre et de l'autre du sel. Mais vous voyez déjà que le sucrier est plus grand que la salière, on y reviendra.
Je verse donc de ces poudres dans mes verres, je remue et le résultat est… identique à l’œil nu. Le sucre s'est dissout dans l'eau et le sel également. On ne peut pas faire la différence ou alors que faut-il faire pour les distinguer ? … Et bien oui les goûter bien sûr.
Et vous connaissez la différence, on ne met jamais trop de sucre, c'est bon le sucre, tandis que le sel, il en faut une juste dose. Le sucre, on l'aime quand il y en a beaucoup, le sucre, ça écrase, ça domine, ça prend la place de l'eau. Alors que le sel, c'est l'inverse. C'est quand il y en a trop que c'est imbuvable. Mais le sel, contrairement au sucre, ça relève, ça souligne, ça met en valeur les saveurs. Il en faut un tout petit peu et tout le plat en a le goût.
En toute chose, avant de savoir si on aime ou si on n'aime pas, il faut goûter et c'est pareil pour la Bible, la foi ou l'Église : avant de décider, avant de choisir il faut y goûter. Et c'est ce que nous allons essayer de faire durant ces deux années, goûter, essayer, apprendre à connaître pour pouvoir ensuite décider si oui ou non vous voulez mettre du sel ou du sucre dans votre vie.
Le sucre, il vient de toute manière. Vous avez vu que le sucrier est beaucoup plus grand que la salière. C'est tout ce qui vous est déversé sur la tête à longueur de réseaux sociaux, de jeux numériques ou d'influences diverses. Le sucre, c'est ce qui vous écrase, pense à votre place et vous dit ce qui est bon ou pas avant même que vous n'ayez goûté à autre chose. Ce qui est important pour ceux qui vous gavent de sucre, ce n'est pas vous mais leurs intérêts. Tandis que le sel, celui que nous apprendrons à trouver dans la Bible, dans la vie de Jésus et de ses élèves, ceux que l'on appelle les disciples, c'est ce qui soulignera vos propres saveurs, votre propre intelligence et votre propre personnalité.
Mais le sel, ce n'est pas seulement ce qui vient donner du goût à votre vie, donner une saveur particulière à ce que vous vivez. Vous verrez que vous êtes aussi appelés, quand vous serez des adultes, dans cette forme d'apprentissage que nous faisons tous tout au long de notre vie, à devenir vous-mêmes du sel pour donner une autre saveur, une autre qualité au monde qui vous entourera. La salière est beaucoup plus petite, c'est ainsi qu'est l'Église dans le monde. Elle est toute petite mais c'est en elle que se trouve ou en tout cas devrait se trouver le sel.
Vous avez entendu l'image dans le texte tout à l'heure, « vous êtes le sel de la terre » c'est Jésus qui nous parle ici et qui nous rappelle que le sel peut perdre sa saveur, devenir fade et sans goût. Il perd alors tout intérêt et ne sert plus à rien. C'est un encouragement pour nous tous, en Église, dans la paroisse à veiller sur nous-mêmes afin de rester toujours une communauté vivante, attentive, vigilante et engagée. C'est cela que nous essaierons de découvrir ensemble avec les trois grands thèmes que vous avez entendu dans ce vieux texte, d'un vieux prophète (prophète, ça veut dire « celui qui parle au nom de Dieu ») qui s'appelle Michée. « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde et que tu marches humblement avec ton Dieu ». Le Dieu de la Bible ne nous demande pas de sacrifices, ni de bonnes paroles, il nous demande d'être vrais, sincères et résolus. Pour être chrétien, il ne suffit pas de faire le bien, il ne suffit pas non plus de se dire chrétien. Il faut à la fois être capable de dire sa foi mais aussi de la mettre en pratique. Dire « Je suis chrétien/protestant » doit aller avec vivre en tant que chrétien/protestant. Les mots et les actes doivent absolument aller ensemble. Mais ils ne suffisent pas cependant. Encore faut-il « marcher humblement » c'est à dire être à l'écoute d'une Parole qui ne vient pas de nous, qui nous dépasse et nous fait devenir plus grand que nous ne le sommes et surtout qui nous engage dans le chemin de l'amour.
Cet amour qui est la meilleure définition, celle d'un autre disciple de Jésus, qui s'appelle Jean : « Dieu est amour ». Nous n'apprendrons pas autre chose. Nous n'apprendrons pas que Dieu serait un vieil homme barbu, vivant au dessus des nuages et qui aurait créé le monde du lundi au dimanche. Nous essaierons d'apprendre à aimer, c'est à dire à transformer le monde autour de nous pour qu'il soit plus vrai, plus juste, plus libre.
Entre le dire et le faire, il y a l'être et c'est ce que nous essaierons de creuser ensemble. Nous essaierons de vous faire dire votre foi, de vous apprendre à faire ce qui est bien mais surtout, nous essaierons de vous faire connaître que ce qui compte c'est avant tout ce que vous êtes. Et que cela dépend de vous, comme de chacun et chacune d'entre nous, que de vouloir être plutôt un verre sucré ou un verre salé : une personne qui suit et se laisse emporter ou une personne qui fait ce qu'elle dit, dit ce qu'elle fait et est, comme Dieu, c'est à dire qui est amour.
Roland Kauffmann




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