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Le psaume 8 ou la plus grande gloire de Dieu

Dernière mise à jour : 15 févr.

Psaume 8

Luc 8, 4-8, Hébreux 2, 5-18

Guebwiller 12 février 2023 - Roland Kauffmann


Le psaume sur lequel je vous propose de méditer aujourd'hui fait incontestablement partie des sommets de la littérature poétique universelle. Autant le psaume 1 avec lequel nous avons ouvert cette série autour des psaumes est tout d'humilité et de simplicité, et que c'est justement cette humble entrée en matière qui nous en dit long sur ce que sont les psaumes : une description de l'âme humaine dans toutes ses profondeurs en même temps qu'une affirmation de la grandeur de Dieu ; autant donc le psaume 1 est-il modeste, autant le psaume 8 est-il lyrique et exclamatif !


« Ton nom Seigneur est un nom magnifique » ainsi commence le cantique inspiré par ce psaume que nous avons chanté en début de ce culte, « Sans fin la terre en reprend le cantique, Elle répond de toute sa beauté À la splendeur du ciel illuminé ». Vous aurez remarqué que le cantique se permet un certain écart par rapport au poème. Pour le cantique, Clément Marot, le versificateur du 16e siècle a introduit cette idée d'un dialogue entre la terre et le ciel, la beauté de la terre étant le reflet, la réponse, de la beauté du ciel. À la lumière de l'un répond l'absence de lumière de l'autre, non pas pour les opposer ou les confronter mais pour mieux souligner à quel point l'un à besoin de l'autre pour s'y refléter.


Du cantique se dégage une indéniable harmonie entre le ciel et la terre, entre l'homme et Dieu, une tranquille certitude que les choses sont dans l'ordre tel qu'il a été voulu par Dieu. Nous sommes ainsi entraînés dans une tranquille confiance que rien jamais ne pourra supplanter l'amour de Dieu pour nous et que nous pouvons nous confier entièrement entre ses mains. Ce cantique est l'un des plus beaux et des plus réconfortants qui soit, un de ceux que l'on peut chanter pour se redonner du courage aux jours d'alarme ou de peine.


Malgré la beauté du cantique, le psaume lui-même est beaucoup plus riche. Il ne joue pas tant l'harmonie que le contraste. Il nous prend par la main pour nous emmener d'un seul geste d'un seul mouvement, vers l'immensité des cieux et de la terre et brusquement vers le plus faible, le plus intime, le plus présent, le plus immédiat : ces enfants qu'on allaite.


On aurait pu imaginer que c'est justement à cause de la grandeur du ciel et de la terre que Dieu doit être honoré, que c'est dans la majesté de la création que l'on doit trouver les preuves, les signes, les intuitions de sa grandeur. Dieu est tellement grand, regardez les cieux illuminés, regardez l'immensité de la terre et craignez l'Éternel, voilà ce que disent les peuples de leur Dieu. Mais ce n'est pas ce que dit et fait le Dieu de la Bible ! Sa force, sa puissance, son autorité ne doit rien à la grandeur de la Nature mais tout à la faiblesse du plus faible, du plus fragile, de celui dont il faut absolument prendre soin, du nourrisson !


Cet extraordinaire renversement de perspective est absolument unique dans l'histoire religieuse de l'humanité et constitue l'une des plus belles contributions de la tradition juive à la civilisation. Car le nourrisson est bien plus qu'un simple enfant. Avec le nourrisson, c'est l'innocence et c'est l'avenir qu'il faut préserver et respecter.



À l'occasion de la dernière pandémie, beaucoup ont relu La peste d'Albert Camus. Dans ce roman philosophique, Albert Camus imagine une société confinée derrière ses murs pour éviter la propagation de la peste, la ville est isolée du monde et sa population abandonnée à elle-même dans une forme de sacrifice expiatoire. Le héros, le docteur Rieu, s'efforce de venir en aide à la population et dans un entretien extrêmement intense avec le Père Tarrou, Rieu lui déclare qu'il ne peut croire en un Dieu qui laisse mourir les enfants innocents. C'est vrai la mort des enfants dans les grandes catastrophes, sanitaires ou naturelles, est le plus grand scandale qui soit et beaucoup ont repris les paroles du docteur Rieu pour expliquer et fonder leur athéisme.


Mais justement, la première chose que nous dit le psaume 8, c'est que Dieu non plus ne peut supporter la mort des enfants innocents puisqu'il les place lui-même au cœur de son projet, au-dessus même de sa création, ou pour le dire encore autrement, ils sont le sens, la raison d'être même de la création et de la foi. Tout doit être fait, tout doit être fait pour que cela ne puisse plus jamais arriver, d'aucune manière, sous aucun prétexte. C'est le grand philosophe Marcel Conche, malheureusement trop méconnu, qui déclarait : « aucune cause, aussi généreuse soit-elle, ne peut justifier le sacrifice d'un seul enfant». Il fait même de la souffrance des enfants, « le mal absolu » ! (1)


Pour Marcel Conche, cette souffrance qui existe, qu'on le veuille ou non, était la raison ultime pour dire qu'il est impossible que Dieu existe, sinon il ne pourrait accepter un tel monde. Et c'est la Bonne nouvelle que Marcel Conche n'a pas entendu, celle que nous dit le psaume 8, Dieu lui non plus n'accepte pas ce monde où des enfants meurent : il impose le silence à tous ceux qui s'y résignent. Le psaume 8 nous dit que « l'harmonie de l'univers ne vaut pas les larmes d'un seul petit enfant » (2).


Mais alors que fait-il donc ce Dieu qui n'accepte pas la mort des enfants ?

Retour à la grandeur des cieux, voilà la lune et les étoiles ! Nous avons eu la chance avec Christiane de faire un séjour au Népal et là je me récitais en moi-même « voilà l'Anapurna et le Daulaghiri que tu as établis ». En effet, au milieu de ces montagnes énormes mais aussi au milieu du ciel ou au milieu des océans, tous ces milieux qui sont convoqués dans la suite du psaume : il y a les étoiles, puis les bêtes, qu'elles soient domestiques ou sauvages, puis les oiseaux qui sont dans le ciel, autrement dit les poissons dans la mer. Et même cet inconnu, le grand monstre dont personne ne sait rien mais qui parcourt les courants marins, celui que les anciens appelaient le Léviathan, et les modernes Moby Dick.


Le psaume nous fait quitter les langes des nourrissons pour nous emmener vers ce monde et au milieu du monde qu'y-a-t-il ? Qu'y-a-il d'insignifiant ? D'inexistant ? De presque rien ? Nous !


Il y a « moi », il y a « toi », il y a « nous » ! « Qu'est-ce que l'homme ? » Dans toute cette marche du monde, dans cet océan de misères et de détresses, dans cet absurde qui nous écrase, que sommes-nous ? Rien ! Voilà ce que nous nous disons, voilà ce que nous disent tous ceux qui veulent notre résignation et notre désespoir, notre soumission et notre acceptation. Que pouvons-nous faire dans le désordre du monde ? Rien ! À quoi ça sert de vouloir le transformer ? À rien ! Tout sera toujours pareil, le droit du plus fort sera toujours le meilleur, l'intérêt et l'injustice auront toujours le dernier mot. Voilà ce que nous pensons si nous sommes un peu lucides !

« tu l'a fait de peu ton inférieur » « Qui est-il, cet homme si petit, pour que tu t'y intéresse ? » Et oui, c'est cela que nous dit le psaume : nous ne sommes pas rien ! Chacun et chacune d'entre-nous compte aux yeux de Dieu, et chacun et chacune d'entre-nous compte plus que tout, plus que toute la création, plus que les cieux, plus que la terre, plus que la nature et plus que les anges eux-mêmes. Oui, chacun d'entre nous compte plus que les anges, nous ne sommes inférieurs qu'à Dieu. C'est cela que nous dit le psaume 8. Il nous dit que la plus grande gloire de Dieu, ce ne sont ni les étoiles, ni les montagnes, ni l'immensité de la mer mais c'est l'homme et pas n'importe lequel : c'est « moi », c'est « toi », c'est « nous » !


La plus grande gloire de Dieu, c'est l'homme !


Le psaume 8 est une reprise du récit de la création en Genèse 1 et 2 et il a la même intention : c'est d'affirmer d'une part que la Nature n'est pas divine, que les astres ne sont pas des dieux mais que tout ce qui existe, tout ce qui est réel, ne doit pas être confondu avec Dieu, qu'ils ne sont pas « dieux » mais l’œuvre d'un seul Dieu, plus grand que tout ce qui existe, au-delà même de l'espace, du temps et de la durée. C'est pour cela que son « nom est magnifique ». Nommer Dieu, le Dieu de la Bible en tout cas, c'est lui donner une réalité, une existence, lui donner une forme sachant que celle-ci ne peut le contenir, le définir, l'exprimer tout à fait parce qu'il surpasse tout ce que nous pouvons imaginer de lui. La Genèse et le psaume 8 décrivent l'infini de l'Éternel, ce qui ne peut avoir de fin ni d'origine, voilà ce qu'est le Dieu du psaume, c'est la première intention.


La seconde, qui lui est semblable, par bien des égards, c'est que l'homme, chacun d'entre-nous, est unique et qu'en raison même de cette exceptionnalité, toute vie a une valeur infinie et absolue. Et qu'en raison de cette absolue valeur de chaque individu, aucun ne peut être laissé dans la misère, la maladie, l'oppression, la détresse ou la honte parce que chacun est unique et important aux yeux de l'Éternel. Cet idéal moral, cette haute idée de l'humanité, la valeur unique de chacun et chacune d'entre nous parce que « de peu inférieur à Dieu », c'est l'horizon sublime des Droits de l'homme, c'est ce qui fonde l'égalité de tous devant la loi, devant le droit : chacun d'entre nous est unique, une vie qui n'a jamais existé avant et n'existera plus après. C'est sur ce fondement que l'on peut dire « Les hommes naissent libres et égaux en droit », et cette intuition initiale s'exprime précisément dans ce psaume 8.


Car de cette unicité découle une immense responsabilité envers soi-même et envers les autres, cet impératif éthique de rester libre devant toutes les séductions et les facilités du monde, ancien ou moderne, peu importe, c'est toujours le même esprit du monde qui veut nous dominer et faire de nous les jouets du destin et de la fatalité. Porter le nom de Dieu, nous présenter nous-même comme « chrétiens » c'est savoir ce que signifie ce nom : nom de miséricorde, de justice, de sincérité, de vérité, de courage et de service pour les autres. Porter le nom de ce Dieu qui a établi les cieux et la terre, la lune et les étoiles, c'est comprendre qu'il eu encore plus d'attention pour nous car il manifesté sa miséricorde envers nous de la plus belle manière qui soit.


Et l'auteur de l'épître aux Hébreux ne s'y est pas trompé quand il nous dit que « ce n'est pas à des anges que Dieu vient en aide mais à la descendance d'Abraham » pour « délivrer tous ceux qui par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus en esclavage » (Hébreux 2, 15). Certes l'Église a compris ce passage des Hébreux comme concernant d'abord et avant tout le Christ, en tant qu'il serait le « Fils de l'homme » dont parle le psaume justement. Mais nous qui sommes au bénéfice de sa grâce et qui affirmons notre foi en lui, nous qui portons ce nom glorieux de chrétiens devons agir à son exemple.


Et dans ce contexte, la parabole du semeur nous montre (Luc 8, 4-8) nous montre ce qu'il faut faire, ce que chacun de nous peut faire, autour de lui : défricher les chemins noirs, enlever les pierres qui empêchent d'avancer, enlever les épines des broussailles, éclaircir la voie pour que la lumière entre et touche les graines de la parole jetées par le semeur. Nous ne sommes pas maîtres de la parole de Dieu, elle suit son propre chemin mais il nous appartient de cultiver notre terrain, le notre personnelle mais aussi celui de celles et ceux qui nous sont proches pour que cette grandeur du ciel illuminé se retrouve dans chacun de nos gestes et de nos intentions.


« Qu'est ce que l'homme pour que tu t'intéresse à lui », qui suis-je pour que tu sois ainsi intéressé à moi ? À ces questions, Dieu lui-même répond dans le psaume : « tu es ma gloire, plus que toute la création » !


À nous de vivre dans cette conviction.

Roland Kauffmann

(1) Orientation philosophique, Marcel Conche, 1956

(2) Les frères Karamazov, Dostoievski, II, 5, ch.4.

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