Prendre le droit d'être hérétique
- Roland Kauffmann
- 11 juil.
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Dans une lettre à Hélène Bresslau, Albert Schweitzer déclarait « Je prends le droit d'être hérétique ! De ne connaître que Jésus de Nazareth, je suis son disciple » (Lettre à Hélène Bresslau, 1/5/1904, L'amitié dans l'amour. Correspondance Albert Schweitzer - Hélène Bresslau 1901-1905, p. 138). Il y déclarait sa liberté de suivre les exigences de sa raison et de sa foi, indépendamment des opinions et des autorités académiques ou religieuses.
Une accusation d'hérésie qui le poursuivra longtemps, sans doute jusqu'à nos jours, simplement pour avoir voulu tenir un discours de vérité, fondé sur les découvertes les plus récentes de son époque, convaincu qu'il était que la foi ne peut se bâtir sur l'erreur, l'illusion et le pieux mensonge.

On mesure le chemin parcouru depuis les périodes sombres qui sont le sujet de l'ouvrage de Jean-Yves Boriaud : Hérétiques ! Quand l'Église condamnait au bûcher, (Perrin, 2025, 416 p., 24,90 €).
L'auteur de nombreux ouvrages sur la Renaissance italienne et professeur émérite de langue et littérature latines à l’université de Nantes se demande « comment LES Églises ont pu s'installer dans des pratiques aussi inhumaines (…) alors qu'elles disposaient d'un arsenal suffisant pour exclure [l'hérétique] de la communauté » ? (p.366, maj. de l'auteur).
Il décrit la naissance et le progrès de l'idée même d'hérésie depuis les origines de l'Église et comment elles - car les protestants n'en sont pas non plus innocents - ont pu construire un système d'oppression religieuse sous couvert de rivalités politiques ou économiques.
Que serait-il arrivé si Jan Hus n'avait pas été brûlé au Concile de Constance ? Pourquoi fallait-il déterrer la dépouille de l'anabaptiste David Joris pour la brûler en place publique dans la Bâle pourtant protestante ? À une époque où nos Églises s'interrogent sur leurs responsabilités historique et où, en même temps, des dispositifs médiatiques d'extrême droite s'allient avec des courants religieux réactionnaires dans un climat apocalyptique voire millénariste, les passions dangereuses se réveillent.
L'ouvrage de Jean-Yves Boriaud se révèle nécessaire pour comprendre les mécanismes de construction de l'hérétique et de légitimation de son élimination brutale et spectaculaire. À découvrir dans notre bibliothèque.
Roland Kauffmann
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