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Célébration oecuménique Biltzheim

  • Roland Kauffmann
  • il y a 4 jours
  • 8 min de lecture

Célébration oecuménique Biltzheim 24 janvier 2026 – Roland Kauffmann, pasteur, Guebwiller


« Il n’y a rien de meilleur que l’unité » (saint Ignace à Polycarpe) - diocèse de La Rochelle
« Il n’y a rien de meilleur que l’unité » (saint Ignace à Polycarpe) - diocèse de La Rochelle


L'unité de l'Église est une réalité ! Chacune de nos Églises respectives est comme une branche particulière d'un même arbre, lequel est enraciné dans l'Évangile et en la personne de Jésus le Christ. Nous en sommes le signe, l'annonce et la promesse. Nous qui sommes aujourd'hui rassemblés en cette église de Biltzheim au courant de cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens sommes porteurs de cette conviction reçue dans la lettre de l'apôtre Paul à l'Église d'Éphèse qui affirme « il y a un seul corps et un seul Esprit comme il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ». Un grand merci à ceux qui ont pris cette initiative d'organiser ce temps de communion entre nos paroisses : protestante de Guebwiller et catholique de Biltzheim.

 

Merci au Père Jimmy d'avoir accepté cette initiative proposée par votre équipe de laïcs, votre Conseil de fabrique et les protestants de la commune. Merci à vous tous d'être là aujourd'hui, car vous montrez ainsi que cette unité vous préoccupe et que vous la souhaitez. Vous souhaitez en tout cas qu'elle se montre, qu'elle se manifeste concrètement au-delà des déclarations d'intention et des bons sentiments. En effet, les paroles sont légères et seuls les actes demeurent. Et à tous les niveaux de nos Églises respectives le dialogue s'entretient et se construit.

 

Ainsi tout au sommet de nos Églises, une charte oecuménique a-t-elle été signée entre le président de la Conférence des Églises européennes, l'archevêque Nikitas représentant les Églises protestantes et orthodoxes et l’archevêque Gintaras Grušas, président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) pour l'Église catholique romaine. Cette charte est une relecture d'une première version signée en 2001. Il est particulièrement important qu'elle ait été signée par des représentants de la collégialité des Églises. Le fait que ce ne soit Léon XIV qui ait signé est ainsi un signe de respect de la diversité des lectures théologiques. C'est une reconnaissance du fait que toutes les Églises ne peuvent avoir le même chef, le même pape, qu'il siège à Rome, à Constantinople, à Genève ou à Canterbury, tout simplement parce qu'elles en ont déjà un, qui siège « à la droite du Père ». Ayant un seul chef en Esprit, les Églises terrestres ont chacune leur chef, leur mode d'organisation et leurs pratiques liturgiques ainsi que leurs lectures théologiques. Cette diversité n'est pas une réalité temporaire, devant disparaître un jour pour n'avoir plus qu'une seule et unique Église partout pareille et partout en parfaite communion. Cette unité là ne sera jamais réalisée autrement que dans le Royaume de Dieu, quand il viendra.

 

Une unité, riche de sa diversité, qui correspond à l'autre bout de la chaîne à nos réalités paroissiales. Notre paroisse protestante couvre un veste territoire allant du fond du Florival jusqu'à Fessenheim. Quant à votre communauté de paroisse, elle recouvre les six communes de Sainte Croix en Plaine, Niederhergheim, Oberhergheim, Biltzheim, Niederentzen et Oberentzen. Qui pourrait dire que c'est partout pareil ? Bien sûr que dans chacun de ces lieux, il y a le même autel, les mêmes murs, la même chaire, les mêmes chants et la même dévotion. Pourtant, combien de différences en réalité entre chacune des communautés qui composent votre réalité ?

 

À l'intérieur même de chacune de nos communautés, les différences peuvent être nombreuses et réelles. Je ne parlerai pas ici de ce que je ne connais pas, à savoir les diverses sensibilités au sein de vos paroisses catholiques. Pour ce qui est de notre paroisse protestante, nous vivons, avec bonheur, le régime de ce que nous appelons, non pas la « biodiversité » mais la « théodiversité ». Certains d'entre-nous sont de culture et de tradition calviniste, descendants de l'héritage des huguenots ; d'autres sont de culture luthérienne en raison de leurs origines plus germaniques, d'autre sont issus des communauté évangéliques, insistant sur les notions de salut personnel, certains ont une histoire charismatique, insistant sur la louange et l'adoration. Enfin, certains d'entre nos membres assument d'avoir un protestantisme uniquement par tradition ou sociologie. Sans oublier celles et ceux qui nous viennent de l'Église catholique romaine et se reconnaissent mieux dans ce que nous vivons. Cette théodiversité est à l'exemple de la biodiversité, nécessaire et vitale pour que nos communautés soient solides et durables.

 

En effet, à chaque époque ses problèmes et ses préoccupations avec à chaque fois l'expression d'attentes diverses et parfois contradictoires. La vie des Églises est à l'exemple de celle des sociétés qui les portent et de même qu'une forêt composée de la même essence d'arbres est fragile et vulnérable, une Église, une paroisse, une communauté composées d'une seule sorte de fidèles ne peut supporter les épreuves du temps. Si nos Églises sont des branches d'un même arbre, on peut aussi les comprendre comme des arbres différents au sein d'une même forêt.

 

Il nous faut une diversité d'essences mais aussi une diversité de situations. Comme les forêts sont composés d'arbres anciens et vénérables comme de jeunes pousses ou de futaies riches de promesses, nos paroisses doivent être composées de fidèles dans toute leur maturité comme de chercheurs de Dieu, de gens convaincus par l'expérience et d'autres encore en réflexion et en recherche. Comme il y faut des jeunes et des vieux, des favorisés et des défavorisés.

 

Comme dans une forêt, chaque arbre cherche à gagner le plus de lumière et de nutriments, une certaine compétition peut apparaître mais en réalité, cette compétition ne vise qu'à la meilleure santé de l'ensemble collectif constitué par la forêt elle-même. À l'intérieur même d'un arbre, les branches et les feuilles sont en émulation les unes par rapport aux autres. Et c'est de la coopération, de la croissance partagée de chacune de ses parties, que l'arbre tire sa vitalité et sa force, jusqu'à devenir l'hôte d'une multitude de formes de vie. Un arbre en bonne santé, solide, peut accueillir ce qui lui est étranger sans même en souffrir. Il sait lutter contre ce qui le mine et pourrait le briser. Ainsi nos paroisses, nos Églises, quand elles sont fortes et assurées, enracinées dans ce qui les fonde peuvent-elles affronter les temps difficiles comme les temps de prospérité sans se perdre dans les ombres des ténèbres qui nous environnent. Encore faut-il qu'elles soient fortes et assurées dans leur foi.

 

Or que voyons-nous dans l'histoire ? Dans combien de situations, les prédicateurs de nos Églises ont-il pensé sauver les âmes en luttant contre les autres : catholiques contre protestants, luthériens contre calvinistes, évangéliques contre libéraux, chrétiens contre les juifs, contre les musulmans ou contre les incroyants. Plutôt avide de controverses théologiques qui flattent les egos plutôt que de creuser encore et encore la Parole de Dieu, celle qui se dont à découvrir et à vivre dans la Bible.

 

C'est ce que nous faisons aujourd'hui. Certes nous respectons les formes de chacune de nos Églises respectives. Nous reconnaissons que l'unité n'est pas encore parfaitement visible parce que nous sommes en désaccords sur bien des points et c'est légitime et normal mais encore qu'il est bon qu'il en soit ainsi.

 

Paul, l'apôtre lui-même, n'était pas naïf. Quand il affirme « il y a un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi » il sait très bien qu'il est contesté à l'intérieur de l'Église. Cette Églises des premières décennies n'était de loin pas idéale non plus que les nôtres aujourd'hui. Entre les disciples de Paul, les disciples de Jean-Baptiste, ceux de Pierre ou encore ceux de l'école de Jean l'évangéliste, les divergences sont nombreuses et leur écho est parfois violent dans le Nouveau Testament. Chaque Église régionale se réclamant de telle ou telle tradition.

 

Ainsi l'Église apostolique d'Arménie, qui a inspiré cette semaine de prière en 2016 se réclame-t-elle de l'apôtre Thaddée, l'un des douze disciples. Manière de dire son égalité avec l'Église apostolique romaine dont le chef est Pierre comme vous le savez. À l'époque de Paul, certains chrétiens se placent sous l'autorité des grands anciens, les chefs de l'Église de Jérusalem ou de celle d'Antioche. Alors que Paul cherche à annoncer l'Évangile à toutes les Nations, certains pensent qu'il est réservé aux juifs et à ceux parmi les juifs qui reconnaissent en Jésus le Messie annoncé. Certains pensent qu'il faut encore respecter les sacrifices du Temple, d'autres considèrent que le sacrifice du Christ accomplit toutes les exigences de la loi de Moïse. Certains pensent que la loi doit continuer à diriger les consciences, d'autres considèrent que la grâce de Dieu est antérieure à tous les efforts par lesquels nous essayons de gagner notre salut. Du temps de l'apôtre, certains croient qu'il faut des miracles pour prouver la foi, d'autres pensent qu'il faut des paroles de sagesse.

 

Toutes ces sensibilités existaient et existent encore pour certaines aujourd'hui. Et ce que fait Paul, et que nous essayons de faire à sa suite, c'est justement de ne pas renoncer à nos différences et nos particularités mais de toujours comprendre qu'elles ne sont pas essentielles. Que chacune de nos Églises comprend à sa manière l'appel de l'Esprit et s'attache à rendre sa foi vivante et agissante pour le bien de l'humanité d'une manière cohérente avec son histoire et avec ce qu'elle peut comprendre de l'Évangile. Que ce qui compte, c'est l'affirmation du seul Seigneur qui importe, Jésus le Christ.

 

Quand Paul affirme qu'il n'y a qu'un seul baptême, il fait une référence directe aux pratiques des diverses Églises de son temps. Il pouvait arriver que les baptisés se vantent d'avoir été baptisés par tel ou tel apôtre, plus important que les autres et leur baptême serait alors plus efficace, plus vrai, plus juste que celui des autres. S'établirait ainsi une sorte de hiérarchies des saints, tous étant égaux devant Dieu mais certains étant plus égaux que d'autres. C'est ce que refuse catégoriquement Paul, l'apôtre. D'où son insistance sur cette unité réalisée en Christ et en Christ seul. Nous ne pourrions imaginer un instant que les chrétiens de Oberhergheim se considèrent supérieurs à ceux de Niederhergheim. C'est contre une telle idée que se dresse l'apôtre Paul lorsqu'il écrit aux chrétiens d'Éphèse. Catholiques romains ou protestants calvinistes ou luthériens, nous n'avons pas les mêmes pratiques, les mêmes compréhensions des choses. Nous avons des lectures diverses de l'Évangile et de la Bible en général. Nous n'entendons pas les mêmes choses dans les mots de nos confessions de foi mais ce qui importe c'est de nous reconnaître comme porteurs d'une même espérance : celle d'un monde où l'amour de Dieu et l'amour du prochain se matérialise dans les termes du prophète Ésaïe.

 

« Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug ; (…) Alors ta lumière poindra comme l’aurore, Et ta guérison germera promptement ; Ta justice marchera devant toi, Et la gloire de l’Éternel t’accompagnera. » (Ésaïe 58, 6, 8). Cette espérance partagée de ce que nous appelons le Royaume de Dieu où la liberté et la fraternité l'emporteront sur tout esprit de domination et de puissance, nous en sommes les responsables. Elle nous est donnée, elle nous est confiée et nous avons à en faire une lumière, non seulement pour nos communautés chrétiennes mais aussi pour le monde dans lequel nous sommes placés.

 

Que ce monde puisse voir dans les Églises, la richesse de la diversité, vécue, affirmée et souhaitée, voilà un témoignage que nous rendons aujourd'hui à Biltzheim et qui porte notre prière pour cette unité des chrétiens, déjà réalisée en Jésus-Christ.


Roland Kauffmann

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