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Hébreux 4, 12-13

  • Roland Kauffmann
  • il y a 13 heures
  • 7 min de lecture

La parole de Dieu comme une épée à double tranchant


Guebwiller 8 février 2026, culte avec catéchumènes.




Hébreux 4, 12 Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu’aucune épée à double tranchant, elle pénètre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, des jointures et des mœlles; elle est juge des sentiments et des pensées du cœur.13 Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est mis à nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte.


Vous aimez les films de chevalerie ? Vous avez déjà entendu parler des chevaliers de l'histoire de France ? Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche ? Ou Du Guesclin, maréchal de France durant la guerre de Cent ans ? Ou Jeanne d'Arc, femme convaincue d'être envoyée par Dieu pour « chasser les Anglais du Royaume de France ». Si je vous en parle aujourd'hui, c'est simplement parce que l'objet qui est fortement associé aux chevaliers d'une manière générale, outre leur armure, c'est bien sûr l'épée. On voit même parfois dans les jeux vidéos auxquels vous jouez sans doute, des chevaliers tenir une lourde épée à deux mais et s'en servir comme d'une paille presque en dansant. Vous avez déjà vu cela des milliers de fois. Ou que dire encore des films « de cape et d'épées ». Vous connaissez Zorro, Pirate des Caraïbes, les Trois mousquetaires, ce sont des films que vous aimez, que nous aimons tous, sans doute parce qu'ils parlent d'héroïsme, de courage et de liberté.


Ce que nous aimons dans les films de cape et d'épée, c'est souvent le fait que le héros, ou l'héroïne comme dans Kill Bill, est la plupart du temps presque seul contre une foule d'adversaires. Ils sont toujours plus nombreux que le héros et ses quelques amis. L'épée est l'arme du héros, celle dont la pointe ou le tranchant permet de vaincre tous les méchants même si parfois, comme dans la série des Stars Wars, les méchants ont des doubles épées.


Une épée pour servir et défendre


Si je vous fait aujourd'hui l'éloge apparent de l'épée dans les films populaires, c'est pour montrer à quel point l'épée est un objet porteur d'un imaginaire efficace dans bien des époques différentes. On sait aussi que comme toutes les armes, on peut s'en servir de deux manières, pour libérer ou pour opprimer. Une épée, ce n'est pas comme un outil. L'outil est neutre, il ne sert a priori qu'à l'usage auquel il est destiné. Un tournevis sert à visser, un marteau à clouer, une épée peut attaquer ou défendre, attaquer dans les mains des gentils ou des méchants comme défendre dans les mains des gentils ou des méchants.


L'épée est donc un objet hautement symbolique. Elle résume à elle seule toute l'ambivalence des armes. Elle est tellement présente dans les sociétés antiques que l'auteur de la lettre aux Hébreux s'en sert pour illustrer à quoi peut servir la parole de Dieu. Comme une épée à double tranchant, elle entre au plus secret de l'individu pour être juge des sentiments et des pensées du cœur. Rien ne peut lui être cachée. Elle sépare, elle distingue, elle coupe et retranche au plus profond de nous-mêmes, elle nous dit la vérité sur ce que nous sommes, sur ce qui compte vraiment pour nous et ce pourquoi nous sommes prêts à faire des efforts, à lutter pour défendre nos convictions et ou au contraire, sommes prêts à renoncer pour être fidèles à notre foi.


On pourrait être étonné de cette image de l'épée. On pourrait être choqué même de nous voir ramenés à cette vision un peu charcutière. On pourrait être surpris d'entendre parler d'une division de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles, comme des sentiments et des pensées du cœur. En général, le cœur est le siège des sentiments et le cerveau celui des pensées, on a tendance à séparer l'âme du corps et non pas de l'esprit. Plus surprenant encore, on pense parfois à une séparation en trois parties, l'âme, l'esprit et le corps, la conception grecque de l'homme. Alors qu'ici l'auteur de la lettre aux hébreux distingue plutôt l'âme, l'esprit – le spirituel – la chair et le sang – le matériel – la volonté et les motivations – la vie.


Ce sont des catégories dont nous n'avons pas l'habitude mais qui correspondent à la vision juive du monde et de l'humain à l'époque antique. Et en dehors de la question scientifique ou physique de savoir si ces catégories sont exactes ou non, il est important de considérer que ces catégories correspondent à des réalités humaines, existentielles, bien réelles et concrètes. Ce ne sont jamais que des séparations pour mieux dire la complexité des choses que nous vivons. Parce que nous savons bien que notre âme, c'est-à-dire notre aspiration à l'éternité est profondément mêlée à notre corps, c'est-à-dire aux conditions réelles dans lesquelles nous vivons. Nous savons bien que si nos idées germent dans le cerveau, elles prennent vie lorsqu'elles sont portées par le cœur et à rebours, nous savons aussi que parfois nos sentiments, positifs ou négatifs, influent sur nos décisions.


L'être humain est indivisible


Lorsque l'auteur de cette lettre distingue diverses parties de notre personnalité, il ne fait pas un traité d'anatomie pour faire la carte précise de nos différentes parties. Au contraire, il désigne des choses que nous expérimentons tous pour justement souligner qu'elles influent les unes sur les autres. L'être humain est une unité qui se manifeste de diverses manières et suivant deux modes au moins, à savoir le visible et l'invisible.


Le visible c'est notre attitude générale. C'est ce que nous montrons au monde et parfois à nous-mêmes. L'invisible c'est tout ce que nous cachons au monde et parfois à nous-mêmes aussi. L'invisible c'est aussi les motivations qui nous poussent, les inspirations qui nous soutiennent, les convictions qui nous portent. Le visible c'est parfois un masque pour dissimuler ce que l'on ressent à l'intérieur. Parfois l'invisible se dévoile par une parole, un geste, un regard. Parfois le visible se cache par un silence, un refus, une passivité.


C'est pour cela que notre court texte d'aujourd'hui en deux petits versets est tellement riche de sens si on veut bien l'entendre pour ce qu'il est, c'est-à-dire une description de la complexité de la personnalité humaine. Et dans ce brouillard, dans cette confusion qu'il peut y avoir entre nos actes et nos désirs, entre notre volonté de bien faire et notre intérêt à mal faire, nous avons un moyen de faire la part des choses et de mettre à part ce qui est bien, ce qui est bon et ce qui est mauvais, négatif.


Nous ne sommes pas seulement ce que les autres voient de nous. Nous ne sommes même pas seulement ce que nous pensons être, nous sommes aussi ce que les autres pensent que nous sommes. Nous sommes et chacun d'entre vous, catéchumènes, l'êtes encore plus que nous autres, vos parents, les adultes. Nous avons tous fait des choix, parfois guidés par les nécessités de l'heure, les obligations de nos engagements et des convictions. Ces choix ont fait de vos parents, de chaque adulte ici, la personne qu'elle est devenue. Chacun est ici parce qu'il y a été conduit d'une manière ou d'une autre par une décision libre et assumée. Par obéissance à sa loi intérieure ou par le désir de son cœur, par le besoin de son âme ou par l'habitude de son corps. Les motivations de chacun sont, comme l'épée, enracinées au plus profond de notre histoire.


Devenir chevalier ?!


Vous qui êtes au début de votre histoire, de votre chemin de vie, à l'aube de vos quinze ans et de votre confirmation, des milliers de voix se proposent pour vous guider et faire de vous les jouets de leurs ambitions, de simples instruments de leurs intérêts. Vous disposez cependant d'une arme pour lutter contre cela. Bien sûr ce n'est pas une arme physique mais spirituelle. Cette épée qu'est la parole de Dieu qui sonde les reins et les cœurs vous permet de vous façonner, de vous construire, de vous comprendre vous-mêmes et de comprendre les autres à la lumière de l'amour de Dieu.


« Tout est mis à nu et à découvert devant celui à qui nous devons rendre compte ». Cette découverte de soi, cette manifestation de soi ne se fait pas comme devant un miroir où nous serions les seuls à voir les boutons ou les points noirs. Elle se fait devant le Christ, à la mesure de ce qu'il nous apprend et de ce qu'il nous donne. Vous n'avez pas à être conformes à ce que la société ou le monde attend de vous. Vous n'avez pas à vous noyer dans la masse indistincte de ceux qui dorment les yeux ouverts mais vous pouvez vous singulariser parce que vous vous laissez transformer, instruire, éduquer par la parole de Dieu.


Vous n'avez pas à être conforme à quelque chose qui vous serait extérieur et imposé. Vous pouvez être fidèles et cohérents par rapport à ce que vous aurez choisi de devenir. Alors bien sûr la Parole de Dieu n'est pas posée là, juste dans les mots de la Bible qui seraient à prendre au pied de la lettre. Il faut la manger comme le faisait le prophète Ézéchiel, c'est-à-dire la manger avec l'intelligence, le cœur, les sensations, la ressentir dans vos moelles et lui donner une forme avec vos corps.


La parole de Dieu se laisse découvrir, elle est là, présente pour ceux qui veulent l'entendre à la condition d'ouvrir les oreilles mais aussi le cœur, les tripes et le cerveau, c'est-à-dire de faire preuve d'intelligence intégrale. Mais surtout elle agit au fur et à mesure, là où c'est nécessaire au moment où l'on en a besoin. Elle doit venir à maturité au fur et à mesure que vous serez confrontés aux expériences de la vie et de votre époque. Elle est cette semence qui vous est offerte, à vous de la laisser grandir en vous.


Alors, oui, comme dans les films, vous pouvez être les héros de l'histoire, armés d'une épée qui vous permette de faire le bien, de délivrer et de défendre les opprimés. Encore vous faut-il apprendre à la manier et vous en servir pour choisir, dans la mesure du possible, qui vous voulez être.


Roland Kauffmann

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