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Le baptême comme un miroir

Guebwiller 3 juillet 2022 - Baptême Eliott et Jade Guerra

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour préparer ce baptême de vos enfants, Jade et Eliott, peut-être aviez-vous été surpris si je vous ai demandé si vous aviez une Bible à la maison. Et vous en aviez une et pas n'importe laquelle, la Bible que vous avez reçu lors, Sarah, lors de votre catéchisme et c'est là que j'ai trouvé votre verset de confirmation, ce verset finale de ce qui est sans doute un des sommets poétiques du Nouveau Testament, à savoir ce chapitre treize de la lettre écrite par l'apôtre Paul aux chrétiens qui sont à Corinthe.



Également appelé l'hymne à l'amour, tout ce chapitre est une magnifique description de ce qu'est l'amour, si on veut bien le considérer comme le principe directeur de l'existence. J'ai eu le grand plaisir de prêcher sur ce texte très récemment dans le cadre d'un mariage et vous imaginez bien tout ce qu'on peut en dire en ce qui concerne la vie de couple. Mais avant d'aller plus loin sur le texte proprement dit, je voudrais souligner davantage cette filiation entre votre catéchisme et le baptême que nous venons de célébrer ce matin.


Ce qui se passe ici ce matin est essentiel ! Il ne s'agit pas de la reproduction d'un rite ancestral, ni d'une formalité administrative qui serait nécessaire pour garantir les droits de ces enfants, ce n'est pas non plus une assurance vie pour le bonheur ni la formule magique qui assurerait à ces enfants une entrée dans la vie éternelle et le paradis des croyants. Ce n'est rien de tout cela, parce que que c'est beaucoup plus que tout cela.

D'abord c'est une fidélité. Vous avez reçu une éducation protestante et elle fait partie de vous et votre personnalité. C'est une part de votre manière de comprendre la vie et les rapports avec les autres et cette appartenance est importante pour vous et vous avez souhaité la manifester. Ce faisant, vous affirmez votre foi : vous dites, et c'est bien plus manifeste que la simple récitation d'une confession de foi, vous dites que vous croyez en Dieu et c'est pour cela que vous demandez le baptême. Le baptême est un sacrement, ce qui veut dire qu'il engage la foi. La foi de celui ou celle qui le demande, qui déclare ainsi qu'il adhère, qu'il fait partie de l'Église. La foi n'est pas un contenu dogmatique, c'est une attitude de vie, une éthique, une compréhension du monde et en demandant le baptême de vos enfants, vous attestez que vous la partagez. Et nul ne peut en décider à votre place. Il s'agit de votre foi que personne ne peut mesurer ni évaluer, ni critiquer ni juger. Tout simplement parce que la foi n'est précisément pas de l'ordre de la mesure, de ce qui se compte. Elle compte, la foi mais elle ne se compte pas, on ne peut pas en faire la comptabilité. Elle est ou elle n'est pas.

C'est la première chose que vous affirmez : votre foi!

La seconde chose que vous affirmez et je suis là simplement la parole de Paul, c'est votre espérance. Car aujourd'hui vous croyez mais qui nous dit que demain Jade et Elliott croiront à leur tour ? En les baptisant, nous ne les avons pas marqués au fer rouge indélébile. Ils sont et restent libre de leurs choix. Mais sommes- nous vraiment libre ? Vous qui travaillez dans la petite enfance, vous êtes aux premières loges pour voir toutes les déterminations des enfants qui vous sont confiés. Les grandes personnes qu'ils seront sont déjà en germe dans l'éducation qu'ils reçoivent. Outre le capital biologique, ils sont déjà déterminés dès la naissance par les conditions sociales, économiques, culturelles de la famille qui les accueille. Et nous le sommes tous. Nous sommes tous modelés, influencés, transformés par notre environnement tout au long de la vie. C'est normal, c'est la vie. Les hommes croient être libres tout simplement parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent.

Et c'est cela que vous affirmez. Vous dites, en demandant le baptême, que vous reconnaissez que nous ne sommes pas des pages blanches, que le monde est toujours déjà là, avant nous. Que Jade et Eliott, comme chacun et chacune d'entre-nous sont déterminés et sont déjà en dette. Mais une dette qui n'a rien à voir avec une dette budgétaire, une dette d'amour. Jade et Eliott arrivent dans un monde où ils ont été voulus, ils arrivent dans une famille aimante et attentionnée, ils arrivent dans un monde qui leur est préparé et le baptême fait aussi partie de cette préparation.

En baptisant Jade et Eliott, nous les avons accueillis dans cette autre famille. Ils sont entrés, là aussi, dans une famille qu'ils n'ont pas choisi, dans cette famille spirituelle qu'est l'Église. De même qu'ils entrent dans l'histoire de votre couple, de votre famille, ils rentrent dans l'histoire de l'Église, dans l'histoire de la paroisse. Mais une histoire, c'est aussi un avenir. Dans le baptême nous affirmons avec lucidité les conditions qui sont les nôtres mais nous affirmons une espérance bien plus haute.


Vous affirmez votre espérance avec Jade et Eliott parce que vous assumez que vous allez leur donner le meilleur de vous-mêmes, vous avez leur donner une éducation, un exemple, une espérance qui les feront se dépasser eux-mêmes. L'engagement que vous prenez c'est de leur donner tout ce qui sera nécessaire pour qu'ils soient libres. De la même manière qu'un musicien doit apprendre le solfège pour devenir maître de son art, de la même manière un individu doit recevoir une compréhension du monde pour devenir maître de son existence. Et votre espérance c'est que la foi chrétienne soit le sel de la vie de vos enfants.

La foi, l'espérance, mais pourquoi faire ? Vous avez remarqué que Paul termine avec cette affirmation que finalement seules demeurent la foi, l'espérance et l'amour. Mais que la plus importante, et celle qui compte en fin de compte, c'est cette troisième vertu, c'est l'amour. Car le Dieu auquel nous croyons, l'espérance que nous avons pour nous-mêmes et pour notre vie, pour notre présent et notre avenir, ce n'est pas n'importe quoi. Le Dieu auquel nous croyons n'est pas une force aveugle dans l'univers qui déciderait de distribuer le bien et le mal, le bonheur et le malheur suivant ses caprices ou ses humeurs. En baptisant jade et Eliott, nous ne les avons pas mis sous la coupe d'un tyran qui déciderait de leur destin mais nous affirmons que le Dieu auquel nous croyons, le Dieu de la Bible, celui qui se laisse découvrir dans l'histoire des hommes, ce n'est ni un mystère, ni une puissance destructrice mais une Dieu qui est comme nous l'avons entendu « riche en bienveillance », un Dieu qui veut le meilleur pour chacun et chacune d'entre-nous, exactement comme chacun d'entre-nous veut le meilleur, ce qui est bon, ce qui est juste, ce qui est vrai, ce qui est beau, pour ses enfants.


Il y a dans le texte de Paul quelque chose qui a dû vous surprendre, vous étonner. Revenons un instant au texte. Il nous parle de l'époque où il était un enfant, où il résonnait comme un enfant. C'est-à-dire qu'il se met lui-même à la place d'un enfant, autrement dit à la place de Jade et Eliott. Que comprennent-ils de ce qui est en train de se passer. Ils savent que quelque chose d'important a lieu et qu'ils sont au centre de l'attention de tous. Qu'aujourd'hui est un jour de fête. Mais ils n'en comprendront toute la porté que dans bien des années. Il faut toute une vie, et même pour l'apôtre Paul, pour bien saisir ce qui se joue dans ce rite millénaire. De la même manière qu'un enfant ne sait pas ce que signifie l'amour de ses parents. C'est simplement déjà là et souvent nos enfants se demandent ce qui nous passe par la tête. Nous n'avons pas forcément toujours compris pourquoi nos propres parents ont fait ceci ou cela. Il nous a fallu à tous, une vie entière pour trouver notre juste place avec nos parents, nous réconcilier peut-être, nous pardonner réciproquement, nous encourager et entrer pleinement dans le projet de nos parents et être avec eux comme des hommes et des femmes libres.


Ce qui est surprenant, c'est que cette expérience, commune à tous les humains, est pour Paul le miroir de la vie chrétienne. Il décrit le chemin de la foi, de l'espérance et de l'amour, de la compréhension du monde, de nous-mêmes et des autres, la compréhension de ce que s'est que la grâce, la compassion, le pardon, toutes ces choses difficiles à vivre en vérité, il décrit les vertus comme étant un long chemin d'apprentissage. Comme un enfant qui tombe et se relève, qui se fait mal et apprend à ne pas faire mal, qui apprend à vivre avec les autres, avec son corps et son intelligence, la foi, l'espérance et l'amour s'apprennent, s'approfondissent.


Et de la même manière que l'enfant ne comprend pas toujours l'amour de ses parents, nous ne comprenons pas toujours l'amour de Dieu. Mais, à l'inverse, de la même manière que nous aimons inconditionnellement nos enfants et que nous voulons leur liberté et leur bonheur, Dieu « notre Père qui est aux Cieux » veut notre liberté et notre bonheur avec cette même espérance que nous avons pour nos propres enfants. C'est ainsi que le baptême et plus largement la relation d'un enfant avec ses parents est le moyen de comprendre la foi et plus largement la vie chrétienne. C'est tout simplement, comme le dit Paul, le miroir de la vie chrétienne.


Mais là aussi, si vous avez bien écouté, vous avez dû être surpris : « Nous voyons au moyen d'un miroir, de manière confuse… ». Étrange, un miroir c'est donc fidèle, c'est donc ressemblant, c'est même parfois cruel tellement ça en dit long sur la veille… Se regarder dans la glace, n'est-ce pas se voir tel que l'on est ? Dans toute sa vérité, n'est-ce pas justement se regarder face à face ?


En fait, aujourd'hui le miroir est ressemblant mais à l'époque de Paul les miroirs sont troubles ! Ce sont de simples feuilles de métal poli qui renvoient une forme plus ou moins distincte. Les hommes et les femmes de l'antiquité ne se voyaient « pour de vrai » que dans le reflet que leur renvoyaient l'eau ou les statues qui les représentaient. À l'époque de Paul, c'est l'autre que l'on voit net, soi-même on ne se voit jamais qu'à travers le regard de l'autre ou d'une manière confuse dans le reflet des vases. Et c'est toute la force de l'image du miroir. Le baptême et plus largement tout ce que nous disons de l'évangile, tout ce que nous pouvons dire de Dieu, des vertus, de la foi, de l'espérance et de l'amour, quelque pertinent ou intelligent soit ce que que nous essayons d'en dire ne sont jamais que des ombres confuses de la réalité qui dépasse tout ce que nous pourrons jamais en dire.

L'amour que vous avez, Sarah et Adrien, pour Jade et Eliott, vous le connaissez, vous le ressentez au plus profond de votre être et pourtant ce n'est encore qu'un pâle reflet de l'amour de Dieu pour nous, pour vous, pour Jade et Eliott. Les espérances que vous formez pour eux sont si sincères et attentionnées mais elles ne sont encore qu'une ombre terne devant les espérances et les attentions de Dieu et la foi que vous manifestez aujourd'hui en confiant vos enfants à cette nouvelle famille spirituelle qu'est notre paroisse est sincère et véritable mais ce n'est jamais qu'une image de ce qu'elle sera le jour où nous comprendrons tout.

C'est la beauté de l'image du miroir confus que nous a donné Paul : toute notre connaissance, toute notre expérience, quelque soit notre âge et notre histoire, nul ne peut prétendre connaître parfaitement. En posant ce principe, Paul, fondateur de l'Église telle que nous la connaissons, pose une barrière contre toutes les formes d'intégrisme, de fondamentalisme et de superstition religieuse, toutes les formes d'errance au gré des modes et des passions qui se disputent notre existence. C'est aussi cela, et pas le moindre de ce que nous affirmons par le baptême, l'affirmation d'un amour que nous ne méritons pas, comme nous ne méritons pas l'amour de nos parents ; l'affirmation de la foi en un Dieu qui nous a aimé le premier, comme nos parents nous ont aimés avant même que nous n'en ayons conscience. À nous de vivre dans cette espérance.


Roland Kauffmann

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