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Un amour à l’image de celui de Jésus

  • Roland Kauffmann
  • il y a 17 heures
  • 8 min de lecture

La nouvelle création – Guebwiller 26 avril 2026


Je suis le cep et vous ? Qui êtes-vous ? 

 

Nous qui avons la chance de vivre dans une région viticole et qui, de plus est ici, à Guebwiller, vivons littéralement au pied de la vigne qui est omniprésente dans notre paysage, que l’on regarde à droite ou à gauche, les vignes sont dans notre horizon. On en découvre même derrière des maisons sur les contreforts du Südel pour de petites productions. Et plus encore, les vignes sont tellement présentes ici que vous y êtes même assis.

 

Et oui, à ceux qui ne s’en seraient pas encore rendu compte, observez un instant les décorations de notre temple, qu’il s’agisse des têtes de nos bancs ou des boiseries de notre plafond, partout les motifs de la vigne nous environnent et nous rappellent la vocation de notre terroir. Sans doute aussi que les familles à l’origine de notre temple ont voulu signifier leur attachement à ce qui faisait vivre bien des familles de la paroisse, encore aujourd'hui pour certaines.

 

Le vin de Palestine au temps de Jésus devait sans doute ressembler aux vins qui nous viennent aujourd’hui du Liban. Toutes les civilisations européennes ont vécu de la culture de la vigne autant que de l’olivier, l’une et l’autre culture étant indispensable pour la vie en société. Étonnamment Jésus ne parle que très peu de l’olivier, il parle beaucoup de la vigne et du vin. Souvenez-vous de son premier miracle dans cet évangile de Jean, il s’agit bien sûr des Noces de Cana où il transforme de l’eau ordinaire en vin de grand prix. C’est d’ailleurs l’une des grandes différences de l’évangile de Jean avec les autres. Matthieu, Marc et Luc commencent leur récit de la vie de Jésus soit par la prédication et la guérison (Mt 4,17-25 ; Mc 1, 21-39 ; Luc 4, 14-20). Jean est le seul à évoquer cette transformation miraculeuse où une réalité matérielle est littéralement transformée en une autre, où le pain devient du vin.

 

Jean est aussi le seul à insister sur la transformation même de quelque chose de plus important encore. Souvenez-vous, il commence son évangile en évoquant cette lumière qui vient dans le monde, au milieu des ténèbres et que les ténèbres n’ont pas reçu. Le prologue de l’évangile nous parle d’une transformation radicale du monde tel qu’il a été originellement créé. La venue de Jésus est, pour Jean, l’incarnation même du verbe créateur de Dieu, l’expression de sa volonté : ce que Dieu veut, il le fait ou plus exactement, il le révèle par cette Parole qui a été faite chair (Jn 1, 14) et qui habite maintenant parmi nous dans toute sa richesse comme le dira l’apôtre Paul dans sa lettre aux Colossiens (Col. 3, 16).

 

L’évangile de Jean est l’évangile de la transformation des apparences. Où ce que nous voyons prend sa véritable signification dans l’histoire des hommes. C’est l’évangile le plus spirituel, celui qui insiste le plus sur les choses a priori invisibles que sont la bonté, la justice et la vérité. C’est aussi l’évangile le plus mystique, celui qui se préoccupe le plus du ciel plutôt que de la terre et les disciples de Jean l’évangéliste, qu’il ne faut pas confondre avec les disciples de Jean le baptiste, seront, parmi les premiers chrétiens, ceux qui se réuniront le plus dans de petits cercles de prière, attentifs à une vie liturgique, de foi et d’adoration de l’Esprit.

 

Quand on parle aujourd'hui de « mystique », dans notre culture contemporaine et surtout française, on pense à ce que les arts nous en montrent. On parle « d’extase » mystique, celle de sainte Thérèse d’Avila, de contemplation des mystères de la foi et d’un enfouissement dans l’abîme de l’indicible et de l’incompréhensible. On parle parfois dans une littérature plus ésotérique du mystère des anges et la mystique devient la croyance en une sorte de pouvoir magique où les anges et les démons se partageraient l’influence sur nos vies pour mieux nous en déposséder.

 

Rien de tout cela dans la mystique de l’évangéliste Jean. Pour lui, la mystique c’est de voir le monde avec les yeux de la foi et de comprendre que nous ne sommes plus les mêmes lorsque nous avons été saisis par la Parole de Dieu. Aujourd’hui, sans doute qu’il passerait pour un illuminé mais tout son évangile est là pour raconter les changements qui se produisent dans la vie de celles et ceux qui rencontrent Jésus et l’écoutent.

 

Qu’il s’agisse de Nicodème, le pharisien qui vient le voir de nuit, de la Samaritaine au bord de son puits, de la femme adultère ou encore de Lazare, à chaque fois, ils et elles sont transformés par les mots de Jésus qui les relèvent, les pardonne et les font revivre de manière radicalement différentes. L’évangile de Jean est le récit des conversions et lorsque Jésus se présente comme « le pain de vie » (Jn 6, 22ss) ou « le bon berger » (10, 1-21) tous comprennent qu’il parle de lui en image et en métaphore.

 

Il en est de même dans ce texte où il s’adresse non plus à la foule mais aux disciples, aux plus proches. Nous sommes dans cette longue soirée, dernière soirée, littéralement veillée d’armes que nous raconte Jean dans le détail. Cette dernière soirée occupe cinq chapitres sur 21 soit près d’un quart de l’évangile, entre le moment du lavement des pieds et la prière dans le jardin. Il n’y a pas de repas ni de parfum répandu sur sa tête mais une série de discours de la sorte de ceux que l’on dit à ses amis au moment du dernier adieu.

 

Jésus parle à ses disciples dans l’intimité de la pièce. Jean raconte ces derniers propos à ses propres disciples. Jean répète à ses lecteurs ce que Jésus a dit pour que ses lecteurs, ceux qui suivent son école, comprennent que c’est à eux que s’adressent en réalité ses paroles et à travers eux à tous les lecteurs de l’évangile dont nous sommes les héritiers aujourd’hui, nous qui entendons qu’il est le cep et que nous sommes les sarments.

 

Oui, c’est nous ! C’est de nous dont il est ici question ! Nous qui avons écouté et avons résolu de vivre selon ses paroles, dans son esprit. Et à quoi, peut-on, ou en tout cas devrait-on pouvoir nous reconnaître, nous qui disons être chrétiens ? Qui prétendons être fidèles à sa parole et lui obéir ? Aux fruits que nous portons bien sûr. Cette métaphore du fruit est partout dans les évangiles, on reconnaît un arbre à ses fruits, un bon arbre donne du bon fruit, un mauvais arbre donne de mauvais fruits. Nous avons ici la simplicité biblique dans toute sa pureté. Il ne sert à rien de dire « Seigneur, Seigneur » si nous ne sommes pas prêts à vivre selon ses commandements.

 

Un commandement qu’il donnera, ou plutôt redonnera, dans la suite de son discours « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (15,12). Voilà qui est bien beau, et que nous savons mais que nous avons bien sûr toujours tant de mal à faire et à vouloir. Quand Jésus s’adresse à ses disciples, c’est-à-dire à nous aujourd’hui, il n’est pas en train de leur mettre une charge impossible sur les épaules. Au contraire, ils les remets à leur place. Il nous redit que ce n’est pas de notre propre force que nous parviendrons à obéir à ce commandement d’amour mais à la mesure où nous serons ancrés, fixés en lui.

 

Il nous dit que ce n’est pas de notre propre vouloir ni de notre bonne volonté ni même par aucun effort que nous pourrions ou voudrions faire que nous y parviendrons, c’est totalement hors de notre portée. Cela ne devient possible que lorsque nous acceptons d’être en lui, d’être greffés sur lui, c’est-à-dire de nous laisser réconcilier avec lui, de nous laisser être créés à nouveau en lui.

 

Lorsque Jésus parle à ses disciples, il a déjà mis de côté ceux qui ne portent pas de fruit, qui sont retranchés. Ceux qui restent et qui portent du fruit sont « émondés ». Ce geste, c’est celui que nous faisons avec la vigne et avec les pommiers. Sur un pommier, quand poussent plusieurs pommes, souvent par trio, on en enlève une pour que les deux autres poussent mieux. Émonder une tomate, c’est enlever sa peau pour ne garder que sa chair, émonder une plante c’est couper ses branches pour concentrer son énergie dans les meilleures, c’est aussi couper la tête d’un plan de tomates pour stopper sa croissance et diriger son énergie vers les fruits.

 

Ce mot « émonder » se dit en grec « kathairo » qui signifie aussi « purifier ». C’est le même verbe que l’on retrouve dans les béatitudes « heureux ceux qui ont le cœur pur (katharos) ». C’est l’œuvre de l’esprit en nous que de purifier notre cœur, de retrancher ce qui gaspille notre énergie en vaines futilités ou choses sans importance ni intérêt et ne produit pas de fruit.

 

L’une des mamans de nos catéchumènes avec qui nous étions en retraite toute la semaine m’a dit une chose très vraie à propos de son enfant qui déclare ne pas avoir la foi. Elle me disait « il ne croît pas encore parce qu’il n’a pas connu d’épreuves dans sa vie » et je crois qu’elle a parfaitement compris le sens de ce que dit Jésus à ses disciples. Ce n’est pas que les épreuves sont des moyens, ou des tests, pour éprouver notre foi mais c’est dire que, souvent c’est dans les pires difficultés que l’on découvre au plus profond de soi, cette parole qui nous relève et nous illumine. Ce qui compte, c’est que cette parole ait été semée, qu’elle soit là, que le cep soit là et qu’ensuite elle prenne son sens.

 

Parmi nos jeunes catéchumènes, certains confesseront leur foi au jour de leur confirmation, d’autres ne la découvriront que dans le feu de l’existence, d’autres peut-être passeront à côté comme on peut passer à côté d’un trésor dont on voit pas l’utilité. Tous pourtant auront été greffés sur ce cep, certains en tireront la sève qui les nourrira toute leur vie, d’autres seront en dormance, d’autres peut-être y seront toujours indifférents. Et cela ne dépend pas de nous mais du chemin et de la place qu’ils laisseront ou pas à cette parole de feu qui brûle nos cœurs. Et non seulement celle qu’ils lui laisseront mais aussi, surtout ?, celle qu’elle se frayera elle-même dans leur vie.

 

Ils ne sont pas perdus pour autant ceux qui ne confesseront pas leur foi au jour de la confirmation. Ceux qui le feront n’en auront pas pour autant fini car, nous le savons bien, nous tous qui sommes ici aujourd'hui, la foi est une réalité que l’on ne voit réellement qu’au jour de l’épreuve. Au jour où il faut aimer en dépit de…, aimer plutôt que haïr, bâtir plutôt que détruire, relever et se relever au lieu d’abattre ou de sombrer.

 

Quand Jésus, ou plutôt Jean, parle de ceux qui sont jetés au feu et qui brûlent, il pense à ces premiers chrétiens qui n’avaient qu’une foi de paille, superficielle et qui aux premières difficultés ont abandonné et renoncé à l’Évangile au lieu d’y trouver une force leur permettant d’affronter le monde et d’y être libres. Au temps de l’épreuve, celui ou celle qui se souvient sur quoi il est fondé, ou plutôt sur qui, comprend que la réalité de la vie dépasse les apparences que nous pouvons en saisir. Qu’il y a des choses plus importantes que la tranquillité ou la prospérité, la réussite ou le succès.

 

Comme le disait un autre catéchumène, qu’il importe plus que nous soyons nourris de bonté, de justice et de vérité que de pain et de vin. C’est à la manière dont nous demeurons en Christ, dont nous demeurons fermes dans notre foi et notre espérance en lui que nous pourrons donner du fruit, de ce fruit dont le monde a tant besoin, de cet amour à l’image de celui que Jésus a eu pour nous.



Roland Kauffmann

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